MIGRANTS
Publié le 30 Août 2015
La vieille Europe semble tout à coup découvrir que des dizaines de milliers de migrants convergent vers ses côtes méditerranéennes et s’atermoie sur le triste sort de ceux qui périssent au cours du périple. Ce phénomène migratoire n’est pourtant pas nouveau, il dure depuis des années, il n’a fait que s’accentuer au cours des derniers mois par le fait de nouveaux conflits et la progression des armées islamistes. Il n’est qu’une répétition du phénomène des boat- people de la fin des années 70. La communauté internationale a longtemps pratiqué la méthode Coué, feignant d’ignorer ce qui se passait. Après tout, quelques centaines d’africains qui se noyaient, ce n’était pas si grave… La sur- médiatisation de quelques naufrages a fait le reste, ouvrant les yeux du monde sur ce drame et en grand la porte aux discours racistes, aux théories fumeuses, générateurs d’amalgames et de dangereuses phobies. L’Europe et toute la communauté internationale semblent désemparées devant ces milliers de migrants. Que faire ?
Les accueillir ? Bien sûr ! C’est une obligation, un acte humanitaire qu’il serait monstrueux de ne pas accomplir. Mais ce n’est là qu’une solution temporaire qui reviendrait à poser un sparadrap sur une hémorragie massive. Non. C’est à la source qu’il faut trouver les solutions et c’est à la communauté internationale de le faire. Parce que, qu’elle le veuille ou non, c’est elle qui est en grande partie responsable de ce qui se passe.
Qui sont donc ces enfants, ces femmes et ces hommes qui risquent leurs vies pour venir en Europe trouver un peu de paix et de sécurité, en faisant la richesse de quelques passeurs inhumains ?
Ceux qui arrivent en Grèce, via la Turquie sont des syriens. Eux fuient une double dictature. Celle de Bachar El Assad et celle de l’Etat Islamique. Et nous en sommes responsables, (quand je dis « nous », je parle, bien sûr, de la communauté internationale). Pourquoi ?
La Syrie de Bachar El Assad, soutenue et armée par les chinois et les russes était, jusqu’au début de la révolution en 2011, un pays important et incontournable du Moyen- Orient. Malgré l’annexion du Liban que la Syrie avait opérée en douce, c’était un état sur lequel nous comptions pour apporter un peu de stabilité dans la région et, peut-être, trouver une solution au conflit israélo- palestinien. La communauté internationale a fait le dos rond lorsque la révolution a éclaté, au nom du principe de non –ingérence dans un premier temps, devant les vetos des russes et des chinois par la suite. Elle s’est contentée d’envoyer quelques armes aux rebelles et de sermonner le régime lorsqu’il a utilisé des armes chimiques contre le peuple, un peu comme ces enfants à qui l’on confisque un jouet lorsqu’il n’est pas sage. Elle a ignoré la montée des extrémismes et les conflits entre les clans religieux. Elle a laissé s’installer un chaos politique, un vide dans lequel s’est engouffré l’Etat Islamique. Le résultat est là. D’une fausse démocratie qui aurait facilement pu être corrigée, les syriens sont sur le point de passer à une dictature religieuse dont on ne peut nier la barbarie. Un phénomène qui tend à se reproduire en Lybie et qui prouve que, malheureusement, la leçon de l’histoire afghane n’a pas été comprise ni retenue.
Ceux qui viennent s’échouer en Italie sont d’origine africaine, issus de nombreux pays. Ils fuient la misère, les guerres et la terreur islamiste. Là aussi, nous avons notre part de responsabilité. Faisons un peu d’histoire. L’Europe et les Etats-Unis esclavagistes ont déporté des millions d’africains (on estime à 15 millions le nombre d’esclaves déportés, ce chiffre étant malheureusement susceptible d’augmenter, toutes les archives n’ayant pas été exploitées). Puis est venue l’époque coloniale, essentiellement du fait des pays européens, dont la France, sous le fallacieux prétexte d’apporter la civilisation à ces peuples, (la nôtre, bien entendu, bien plus évoluée et meilleure que celles existant dans ces pays), et sous celui, bien plus réel de s’enrichir par le commerce des ressources naturelles de ces pays et, dans certains cas, de s’assurer une indépendance énergétique. Quand, après deux ou trois siècles, ces pays ont recouvré leur indépendance, que s’est-il passé ? Les beaux discours d’entraide et de coopération ont vite été oubliés, laissant la place à un système dans lequel les richesses étaient exploitées, (et le sont toujours), par de grandes sociétés étrangères, sans retombées économiques réelles pour les pays concernés et surtout pour leurs populations. Croyant naïvement à l’établissement d’une stabilité politique, la communauté internationale a laissé s’installer des régimes dictatoriaux et corrompus. Là aussi, feignant d’ignorer les dissensions entre les ethnies et les religions, elle a déposé le terreau propice à l’éclosion de l’islamisme et de Boko Haram.
Ce n’est pas en pleurnichant sur le triste sort des réfugiés et en donnant quelques coups de pieds dans la fourmilière islamiste que nous changerons les choses. Ce n’est pas non plus en tenant des discours racistes. La communauté internationale a, par le biais de l’O.N.U., les moyens de résoudre le problème.
Des moyens militaires d’abord, capables d’écraser ces armées qui n’ont de religieuses que le nom et de ramener la paix et la sécurité dans les pays concernés dans des délais très brefs.
Des moyens politiques ensuite, en rétablissant dans ces pays, quitte à les mettre sous « tutelle politique » pendant quelques temps, de véritables démocraties.
Des moyens sociaux, en instaurant des institutions donnant à toutes les populations accès à la santé et à l’éducation.
Pour finir, des moyens économiques, en imposant un retour équitable des richesses vers les pays d’Afrique.
Voeux pieux.
Mais, en attendant, il nous faut accueillir ces réfugiés…
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