CHRONIQUES DE MON DEMI- SIECLE 5 POLITIQUE ET RELIGION

Publié le 15 Novembre 2014

S’il est un domaine avec lequel je ne suis pas à l’aise, c’est bien la politique. J’avoue y porter un intérêt très relatif et ne pas toujours très bien la comprendre. Si l’Histoire me permet d’en suivre l’évolution, je reconnais que la logique des politiciens m’échappe. Je suis né à l’ombre de ce grand homme qui, après avoir secoué notre pays pour qu’il se sorte des griffes d’une infâme idéologie, en a profondément changé le régime. En apparence en tout cas. Car, si l’on y regarde d’un peu plus près, notre système politique n’a pas vraiment évolué depuis celui de nos rois. Les effets de cour, les nominations par amitié ou relation, les privilèges et autres petits arrangements entre amis ont encore droit de cité et Monsieur de La Fontaine trouverait certainement là, matière à bien des fables. Quant aux affaires, le jeu des pots de vin et des dessous de table, vieux comme le monde, est le sport favori de bien des hommes politiques ou pas, partout dans le monde, et s’il est un fait avéré, c’est que la perfection n’existe pas, surtout chez l’homme. Alors…

Reste que le grand homme doit certainement pester et se retourner dans sa tombe. La république qu’il avait imaginée, bien au- dessus des partis, (dont il se méfiait avec raison), s’est délitée pour devenir un régime aux mains des assemblées, comme au temps des deux républiques précédentes et, qui plus est, totalement inféodé à la finance. C’est aujourd’hui la bourse qui tient les cordons de la politique et des états, personne ne peut l’ignorer, encore moins le nier.

Je commente peu la politique et évite de plus en plus de le faire. Par goût, d’abord. Le sujet ne me passionne pas. Pour éviter, ensuite, de dire d’énormes bêtises. Et puis… Et puis, si je dis quelque chose sur la gauche, certains vont me taxer d’être de droite et inversement. Avoir des idées sociales n’implique pas d’être de gauche tout comme avoir des idées libérales ne signifie absolument pas que l’on est de droite. Ce mode de pensée binaire me déconcerte et me navre toujours.

« Comment voulez-vous que je choisisse ? A part la gauche, il n’y a rien que je déteste plus que la droite » disait le regretté Pierre Desproges. Sortie de son contexte humoristique, la réflexion est assez proche de ma pensée. Retenant la leçon faite un jour par mon grand-père, j’ai, depuis longtemps, pris le parti de n’avoir aucun parti. Pour rassurer, (ou faire taire), les dubitatifs, cela ne m’empêche absolument pas d’avoir des opinions. Opinions que je réserve à… Mes bulletins de vote ! L’esprit libre de toute doctrine, n’ayant aucune ligne politique à suivre, quelle que soit l’élection, j’écoute, lis, essaie de comprendre ce que propose chaque candidat en ramenant son discours à l’enjeu de l’élection en question avant de faire mon choix. Un vote local ne s’appréhende pas, pour moi, de la même façon qu’un scrutin national ou communautaire, (puisque, Europe oblige, il nous faut en passer par là). De même, et puisqu’il faut toujours assumer les conséquences de ses actes, je tiens toujours compte de celles, constitutionnelles, de mon vote et évite de me plaindre lorsque mon choix s’avère décevant.

Il est cependant un point sur lequel je suis intraitable et inflexible : Les extrêmes. Je m’en méfie comme de la peste et les ai définitivement bannis de mes options électorales. Comme tous les extrémismes, ils sont dangereux.

Celui de gauche tout d’abord. Si, aujourd’hui, il se fond dans le magma de la nouvelle gauche et des restes du parti communiste, si ses idées peuvent paraitre utopiques et, parfois, prêter à sourire, il ne faut pas oublier que, dans les années 70 et 80, il a, dans plusieurs pays d’Europe, enfanté ou tout du moins servi de prétexte à des actions terroristes et des assassinats perpétrés, notamment en France, par les groupes du mouvement Action Directe. Groupes qui, par leurs dérives antisémites et antisionistes, ont fini par rejoindre les idées de l’extrême droite. J’en viens donc à cette autre extrême, celle qui me parait la plus dangereuse. Ses idées nationalistes et souverainistes, apparues à l’époque du bonapartisme (second empire) et de la défaite de Sedan sont restées une constante. C’est cette extrême droite, qui, dans les heures sombres du début des années quarante, et bien que nombre de ses partisans aient choisi la voie de la résistance, a servi de vivier au collaborationnisme. C’est elle qui, aux temps de la quatrième république a poussé, avec d’autres, à la roue du colonialisme jusqu’au désastre de l’Algérie. C’est encore elle qui, aujourd’hui, compte dans ses rangs des négationnistes et des antisémites notoires. Sous une fine couche du vernis de la respectabilité, elle use, avec dextérité, de la démagogie et base, en permanence, son discours sur les clichés usés d’un racisme primaire et facile, chiffon rouge agité régulièrement devant le taureau de l’électorat. Ne nous leurrons pas. C’est à cette démagogie et à l’incapacité de nos gouvernants qu’elle doit ses succès électoraux. Succès que l’on se doit d’ailleurs, comme toute victoire électorale, de relativiser, (les pourcentages obtenus lors d’une élection sont à ramener aux votes exprimés, pas au nombre des électeurs potentiels, comme on nous le présente, mais, je ne suis pas là pour faire un cours de mathématiques). Que propose cette extrême en matière d’économie ? Sortir de l’Europe ? Il suffit de réfléchir cinq minutes aux conséquences d’une telle décision pour se rendre compte que cette idée est une ineptie. Tout comme il suffit de regarder quelques statistiques pour se rendre compte que non, les étrangers ne sont pas les responsables de notre faillite économique. Même si dans toute société, et dans chaque être humain, il y a cette fâcheuse habitude de faire porter à des boucs émissaires les raisons d’une faillite. Non. Cet extrémisme- là n’est pas et ne sera jamais la solution.

J’en terminerai sur ce chapitre avec quelques considérations sur nos hommes politiques et leur électorat. La génération des politiques qui avaient connu la guerre et a fondé notre république s’en est allée, laissant la place à d’autres, beaucoup moins convaincus de l’importance de leur rôle. Cette idée n’est pas nouvelle. Déjà, en 1961, Henri Verneuil et Michel Audiard, dans l’excellent film « Le président » faisait dire à Jean Gabin : « La politique devrait être une vocation, non pas un métier ». Le monde politique gravite à l’intérieur d’un cercle vicieux, celui du pouvoir et de l’argent, l’un attirant l’autre, indéfiniment. Contrairement à leurs prédécesseurs, les politiques d’aujourd’hui ont oublié que le pouvoir n’était qu’un instrument, pas une fin en soi. Quelle que soit leur appartenance, ils n’ont qu’une obsession : S’asseoir sur le trône ou s’en approcher le plus possible pour, ensuite, ne gérer que les affaires courantes. Faites la même chose chez vous et vous irez, très vite, à la catastrophe.

Les français ont une étonnante capacité : Celle de déboulonner rapidement les statues qu’ils ont eux-mêmes dressées, pour peu que celui qui se trouve sur le socle se pique de faire des réformes qui changent leurs habitudes sociales, leur font perdre quelques petits avantages ou leur coûtent quelques impôts supplémentaires. Par amalgame et par bêtise, ces mêmes français en arrivent alors à cette ineptie qui consiste à voter, comme un seul homme, non pas contre une politique mais contre une personne ou à sanctionner une politique nationale lors d’un scrutin communautaire. Panurge, quand tu nous tiens…

Soyons un peu lucides. L’argent et les financiers détiennent le vrai pouvoir. Ceux qui sont et seront élus devront composer avec. A moins que… Certains pays comme l’Islande ont dit non à cette logique et ne s’en portent pas plus mal. Peut-être avons-nous là des exemples à suivre. Notre système social, mis en place pendant et après la dernière guerre, n’est plus adapté au monde d’aujourd’hui et à sa logique économique. Il nous faut le revoir, en profondeur. Quels que soient ceux qui seront aux commandes, il nous faudra accepter les réformes, faire des concessions, sous peine de le voir disparaitre et de devoir accepter des systèmes qui seront encore plus onéreux et hasardeux pour nous. La recette aura, forcément, un goût amer, mais il faut savoir se forcer un peu. Mieux vaut goûter la soupe à la grimace plutôt que d’avoir à la manger trop longtemps…

Certains appellent de leurs vœux une 6ème république. Pourquoi pas ? Encore faudrait-il qu’elle soit vraiment en phase avec notre monde moderne et impose à ses élus quelques règles de conduite et de bienséance :

- Cumul des mandats interdit.

- Obligation pour les élus de mettre en suspens leurs autres activités professionnelles (et de n’avoir donc pour revenu, que celui de leur mandat).

Et, puisque ce système est de mise dans beaucoup d’entreprises, pourquoi ne pas imposer à nos élus le management par objectifs ? Objectifs adaptés, bien sûr, aux différents mandats et définis par des assemblées de citoyens…

Je vais maintenant parler de religion. Entendons-nous bien. Je vais évoquer ici les religions dans leur ensemble, sans parti-pris ni favoritisme envers l’une ou l’autre.

J’ai, comme beaucoup de gamins, reçu une éducation religieuse. Sans être passionné, j’ai été assidu, j’ai passé de longues matinées à écouter ces dames qui m’enseignaient le catéchisme, je suis allé faire mes communions. Je reconnais que j’ai cru à tout cela. Jusqu’à ce jour terrible de Novembre où j’ai suivi au cimetière le cercueil d’une petite fille. J’ai posé ce jour-là, à ce dieu dont on m’avait tant vanté la miséricorde et la bienveillance, une question toute simple : Pourquoi ?

Trente- quatre années ont passé et je n’ai toujours pas de réponse. Je ne l’attends plus, d’ailleurs, et depuis bien longtemps. Réaction épidermique d’un adolescent face à la brutalité de la vie, ma rupture avec ce dieu et sa religion s’est confirmée par la suite, au fil des ans et de ma réflexion. Une fois convaincu que ce dieu n’existait pas, la première question qui s’est posée concernait la création. La réponse est venue, d’abord de mes cours de chimie, puis de la lecture de deux livres. « De l’origine des espèces » de Charles Darwin et, plus tard, d’ «Une brève histoire du temps » de Stephen Hawking.

Restait à comprendre pourquoi et comment des hommes avaient pu, au fil du temps, imposer des croyances aussi puissantes. La réponse, là aussi, est venue des livres et de l’histoire. La conclusion à laquelle je suis arrivée n’est certes pas nouvelle, elle est même évidente : Les dieux, quels qu’ils soient, n’ont pas créé les hommes et notre monde. Ce sont les hommes qui ont inventé les dieux, pour s’expliquer l’inexplicable, les phénomènes naturels tout comme cette lente usure du temps qui finit par nous rattraper tous, un jour ou l’autre. Et ils ont tellement cru à ce qu’ils avaient inventé que les hommes ont fini par se convaincre de la réalité de ces légendes. Il suffisait, ensuite, de quelques-uns, un peu plus malins et persuasifs pour que tout le monde marche dans le même sens.

Attention! De là à dire que les prophètes sont des gourous manipulateurs, il y a un pas que je ne franchirai pas. Disons simplement que les ancêtres de Monsieur Panurge avaient, eux aussi, de grands troupeaux, et, imaginons un instant que la nature ne nous ait pas donné la capacité de raisonner et de parler… Comme tous les autres animaux, nous vivrions un peu plus en paix, nous contentant d’utiliser notre intellect pour gérer l’utile et l’important, sans nous poser de questions métaphysiques, sans nous imposer de carcans. Et puis, avons- nous ne serait-ce que le début d’une preuve historique de tout ceci ? Mon esprit, qui a tendance à tout vouloir s’expliquer, s’accommode mal des légendes.

Qu’elles soient mono ou polythéistes, les religions ont toutes un point commun, un fondement basé sur la morale. A bien y réfléchir, ces « commandements » pourraient très bien se passer d’elles. Ce que l’on nous présente comme des ordres divins ne sont que des valeurs humaines qui tombent sous le sens. Ne pas tuer, ne pas voler, et respecter son prochain. Le respect. Il passe, chez moi par la tolérance, mais…

Ma Guyenne natale comme la terre cathare sur laquelle je vis portent dans leur mémoire les stigmates de l’intolérance religieuse. Celle qui refuse toute pensée différente de la sienne, qui refuse l’évolution des sociétés et les avancées scientifiques, (demandez à Galilée ce qu’il en pense). Toutes les religions, sans exception, se sont et se rendent encore coupables de ce crime de lèse humanité, reniant ainsi un de leur principaux commandements : Ne pas tuer. Comment ? Comment peut-on en arriver à se contredire aussi puissamment ? Comment peut-on en arriver à imposer ses vues par la violence mentale ou physique ? Comment peut-on arriver à pousser des hommes à torturer, à s’entre-tuer au nom de dieux et de croyances qui prêchent toutes la même chose : La paix et l’amour ? Je ne l’admets pas et me l’explique encore moins, si ce n’est par une formidable manipulation mentale pour ne pas dire une escroquerie intellectuelle. A décharge, il faut bien admettre que les hommes sont quand même d’une grande naïveté, voire, même, d’une grande stupidité.

Ceci dit, je respecte infiniment ceux qui croient à tout cela. A une condition : Que cette croyance s’accompagne de cette honnêteté intellectuelle qui leur fait mettre en pratique les valeurs auxquelles ils croient. J’en connais quelques-uns avec lesquels il est possible d’échanger en toute sérénité sur ce sujet, qui ont compris que le plus important est la vie et se comportent avec une pieuse exemplarité qui leur fait honneur. Ces personnes- là ont tout mon respect, beaucoup ont mon amitié, si ce n’est mon admiration. Mais, j’en connais malheureusement beaucoup d’autres dont ce n’est pas le cas…

Il existe un point commun entre les deux sujets que j’aborde dans cette chronique : L’extrémisme. Il est, à mon sens, encore plus dangereux en matière de religion. De celui qui fait s’enchainer des gens aux portes des salles d’avortement à celui qui vend, viole et s’impose par la force, en passant par celui qui pousse un pays à faire la guerre à un autre, on le retrouve partout, poussant les hommes aux pires exactions et l’humanité à une dangereuse régression qui lui fait prendre ses propres enfants en otages.

La lutte entre le bien et le mal est née de cette dualité de l’esprit humain qui le fait osciller entre la bonté et la cruauté. Notre monde, plus soucieux de son confort et de gagner de l’argent a effacé la barrière tenue qui existait entre l’un et l’autre avant de se replier sur ses croyances laissant les uns et les autres jouer de la misère qu’il a engendrée et, lentement mais sûrement, il retourne au communautarisme, à l’obscurantisme et à l’intolérance.

Méfions-nous.

Rédigé par LIOGIER François

Publié dans #BILLETS D'HUMEUR

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