CHRONIQUES DE MON DEMI-SIECLE- 2 UNPEU DE MOI

Publié le 3 Octobre 2014

Je ne vais pas ici vous raconter ma vie. Bien que riche, elle n’est guère plus extraordinaire que celle de tout le monde. Je vais juste en faire rapidement le tour en rendant, au passage, hommage à ceux qui ont compté pour moi dans ce demi-siècle. C’est parti !

Je suis donc né il y a cinquante ans à Fumel, une petite ville au bord du Lot. Je crois, (et j’en suis même certain au vu des souvenirs agréables qu’a gardés ma mémoire), que j’ai été un petit garçon heureux. L’avantage d’être le premier, sans doute, (Je l’aurais au moins été cette fois-là), j’ai été entouré, choyé, gâté par une famille aimante. Mes parents tout d’abord. Attentifs, attentionnés et Ô combien courageux. Des parents qui m’ont enseigné des valeurs, le respect, la tolérance, qui ont toujours été présents à mes côtés et le sont encore. De mon père, j’ai gardé la patience et la curiosité, (ainsi qu’une attirance perverse pour la trigonométrie) et, de ma mère, le goût de la lecture et ces petits coups de gueule que je pousse de temps en temps contre la bêtise et l’injustice. Mes grands-parents ensuite. Mes deux adorables grands-mères avec lesquelles j’ai passé tant de temps. Leurs jeunesses, hachées par deux guerres, n’avaient pas été drôles et pourtant… Pourtant elles étaient gaies comme des pinsons, chantaient tout le temps et cuisinaient divinement. Aucun chef étoilé n’arrivera jamais à leur hauteur. Mes deux grands-pères qui m’ont tant appris, de la vie et de tout ce qui la fait. Nos discussions et nos rires résonnent encore dans ma mémoire. D’eux j’ai hérité du goût des choses simples et celui de me contenter de ce que j’ai. Et cette envie irrépressible de toujours chercher à apprendre. Oui, ma vie de petit garçon fut douce et agréable. Et puis, un soir, à l’âge où je me partageais entre mes devoirs de collégien, mes copains et le rugby, il y a eu ces mots terribles dans l’écouteur d’un téléphone : Tumeur, rayons, chimiothérapie. Ont suivi quatre années de doutes et d’espoirs. Quatre années qui se sont achevées une nuit d’Octobre par la disparition de cette petite sœur, ma cadette. La blessure ne s’est pas refermée. Je sais maintenant qu’elle ne se refermera jamais.

Ma vie professionnelle a été celle que j’ai toujours voulue, celle que j’ai choisie, petit garçon, un matin de Mai 1970, sur le tarmac de l’aéroport de Toulouse, face à ce formidable avion qui s’appelait Concorde. Des Mirage à Hermès, de la Demoiselle de Santos-Dumont à l’A350, de l’aérodynamique aux matériaux composites, j’ai eu la chance de travailler et de contribuer, à mon modeste niveau, au développement de presque tout ce qui vole dans notre ciel, de me frotter à quelques techniques de pointe. Que dois-je retenir de ces trente- quatre années de vie aéronautique? Que j’ai appris, énormément, et apprends encore. Que j’ai noué des amitiés solides qui vont bien au-delà du monde professionnel. Que j’ai eu la chance de rencontrer des personnes formidables, certains un peu fous comme Guy Delage, ce pilote d’ULM qui réalisera la traversée de l’Atlantique Sud, dans les pas de Mermoz (et qui, quelques années plus tard, fera celle de l’Atlantique Nord à la nage), des techniciens hors-pair comme ce monsieur, un des pères de Concorde ou André Turcat, son tout premier pilote. Concorde ! Encore et toujours lui. Fil rouge de cette vie. Il était et restera toujours pour moi le plus bel avion du monde, une magnifique sculpture, un sommet de technologie. Il aura malheureusement fallu une catastrophe pour que je travaille enfin sur lui.

Que dire d’autre ? Mes défauts ? Ils vont et viennent au fil du temps, à mesure que je gagne en sagesse ou en folie. Un seul perdure. Cette rancune, tenace, qui tisonne sans cesse mon esprit et empêche les plats de mes vengeances de se refroidir. Quant à mes qualités, si tant est que j’en ai, il ne m’appartient pas d’en faire la liste. Je ne m’en trouve qu’une, ou plutôt, un trait de caractère. Mon optimisme, né d’un rendez-vous manqué avec la dame à la faux et que j’ai chevillé au corps.

De ce demi-siècle, parfois un peu chaotique mais finalement heureux, il me restera une fierté. Deux même. Aurélien et Ludovic. Ces deux petits hommes que j’ai vu naitre et grandir sous mes yeux. Etre père est la plus noble de toutes les tâches, le plus beau de tous les métiers. Un métier fait de joies, d’inquiétudes, une magnifique expérience de vie. Bien sûr, parce que la vie est ainsi faite, je n’ai pu être aussi présent à leurs côtés que je le souhaitais mais… Mais en les voyant aujourd’hui, je me dis que finalement, je ne me suis pas raté, que le message est bien passé, qu’ils ont assimilé et adapté à leur jeunesse les valeurs que je leur ai enseignées. Chacun d’eux a choisi sa vie, comme je l’ai fait. Ils se sont donné les moyens de réussir et y sont parvenus. Ils mènent leurs barques avec adresse, suivant les caps qu’ils se sont fixés. Alors, comment pourrais-je ne pas être fier d’eux ?

Peut-être les petits-enfants viendront-ils. Peut-être… Rien ne presse. Mes garçons ont la vie à découvrir et à faire.

En attendant, je veille sur eux et continue mon chemin, paisiblement.

Rédigé par LIOGIER François

Publié dans #BILLETS D'HUMEUR

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A
Texte très touchant d'un parcours courageux, entre bons et durs moments, tu peux être fier de ton cheminement et de tes enfants :-D
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A
Hello! François, le chemin que tu nous trace est magnifique, des hauts et des bas, 2 garçons super.......en attendant les petits enfants, continu ton petit bonhomme de chemin et garde la forme . Amitiés.
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