LA GRENOUILLE ET LE BENITIER

Publié le 24 Août 2014

Une grenouille, par méprise,

Entre un jour dans une église.

Trouvant l’endroit calme et frais,

Elle décide de s’y reposer.

Curieuse et téméraire,

Elle fait le tour du propriétaire,

Et joue, par quelques sauts,

Dans les rais de lumière venus des vitraux.

Puis, entre soleil et ombre,

Dans un calme sommeil, elle sombre.

Notre grenouille ressent bientôt,

Un manque cruel, celui de l’eau.

La voici qui renifle et enquête,

Cherchant l’objet de sa quête.

Elle finit par le dénicher,

Tout là- haut, dans un bénitier.

Le trésor semble hors de portée.

Mais, la grenouille est une futée,

Et plutôt que de tenter un saut bien périlleux,

Elle scrute la paroi des yeux.

S’accrochant à la moindre aspérité

Le long du mur, elle commence à grimper.

Parvenue au terme de son ascension,

Elle se plonge avec délectation,

Dans l’eau fraiche du bénitier,

Divine mare improvisée.

La grenouille, toute à ses ablutions,

Au monde ne porte plus attention.

Mais, sur la mare plane bientôt

L’ombre de la main d’un dévot.

Or, ceux-là, comme on le croit,

De la pitié ne sont pas les rois.

Saisissant la grenouille, il la projette,

Par la porte restée grande ouverte.

Dans la rue, reprenant tout juste ses esprits,

Par une voiture, la grenouille est aplatie.

Sur le pauvre batracien,

Et du sort qui fut le sien,

Il nous faut sans plus de façons,

Tirer une ou deux leçons.

Méfions-nous des choses exquises

Qu’on nous annonce comme terre promise.

La main de l’homme ou le hasard,

En enfer les change tôt ou tard.

Méfions- nous de ces cohortes

De prêcheurs venant à nos portes

Nous dire le mal et le bien

Dont eux-mêmes ne savent rien.

Rédigé par LIOGIER François

Publié dans #FABLES

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