LE GENIE D'ATLANTA
Publié le 6 Août 2014
Beardstown, Illinois.
Tout en rangeant sa vaisselle, Martha Fisher jetait, de temps à autre, un coup d’œil par la fenêtre. Le temps était gris pour ces premiers jours des vacances de printemps. Les enfants restaient chez eux et boudaient le parc qui s’étirait de l’autre côté de la rue jusqu’à la rivière.
La vieille dame eut un sourire en voyant arriver le jeune garçon. Sa casquette vissée sur la tête, il posa sa batte de base-ball sur un banc et s’entraina à lancer sa balle. Mrs Fisher l’observa un instant puis termina son travail, essuyant soigneusement sa table puis son évier. Elle avait toujours été méticuleuse, presque maniaque et, depuis qu’elle avait pris sa retraite, elle passait un temps fou à s’occuper de sa maison. Après en avoir terminé avec le nettoyage de la cuisine, elle se rendit dans le salon et alluma la radio, réglée immuablement sur sa station préférée, celle qui ne diffusait que de la musique classique. Elle s’installa confortablement dans son fauteuil et repris son roman, une histoire à l’eau de rose, un peu à la « Autant en emporte le vent ». Le livre n’était pas d’un haut niveau littéraire mais cela la détendait et la changeait un peu de la philosophie qu’elle avait enseignée pendant des années.
Dans le parc, Tommy se demandait ce que faisait William, son copain. Ils avaient prévu de jouer un peu au base-ball et surtout, de boire tranquillement les deux boites de bière qu’ils avaient chapardées la veille dans les rayons de l’épicerie du quartier. Sur le coup, ils s’étaient fait une belle peur mais, une fois dehors, ils avaient bien rigolé. Le jeune homme ramassa sa balle et s’assit sur le banc. Son téléphone portable émit un bip, un son qu’il connaissait par cœur et qui annonçait un message de William. Le jeune garçon ouvrit son téléphone.
Martha Fisher était plongée dans son roman. Elle commençait à trouver un peu longue la description d’une plantation lorsqu’on sonna à la porte. Elle se leva et se trouva nez à nez avec le jeune garçon qu’elle avait aperçu dans le parc.
- Bonjour Madame
- Bonjour jeune homme
- Ma balle a atterri dans votre jardin. Est-ce que je peux aller la chercher ?
- Bien sûr mon petit.
- Merci Madame.
Le jeune homme ne bougea pas. Mrs Fisher le dévisageait.
- Ce n’est pas gentil Madame
- Pardon ?
- Ce n’est pas gentil de vouloir nous dénoncer. Ce n’étaient que des bières
La vieille dame reconnut enfin le garçon. Elle l’avait vu, la veille, à l’épicerie.
- Mais, je…
Le premier coup de batte la frappa à l’épaule et la fit tomber. Le second lui fracassa la mâchoire. Elle leva les mains pour se protéger.
Le shérif referma la housse, sortit de la maison et traversa la rue. Il posa sa main sur l’épaule du jeune garçon. Hébété, celui-ci fixait ses mains pleines de sang.
- Qu’est-ce qui t’a pris, Tommy ?
- Je ne sais pas Monsieur. Je suis devenu fou.
- Tu sais pourquoi ?
- C’est William.
- William ?
- Mon meilleur copain. Hier, on a volé des bières à l’épicerie. Il m’a envoyé un message me disant que la vieille dame allait nous dénoncer.
- Je vois. Tu peux me montrer ce message ?
Le shérif fit signe à un agent qui s’approcha. Tommy fouilla dans son téléphone.
- Bizarre. Je ne le trouve plus.
- Bizarre en effet. On le trouvera peut-être dans le téléphone de ton copain.
- Je vais aller en prison, Monsieur ?
- C’est le juge qui décidera ça demain mais j’en ai bien peur. En attendant, ce soir, tu dormiras au poste de police.
- Vous allez prévenir mes parents ?
- Tu es mineur. Je suis obligé de le faire. Allez, viens.
Le shérif accompagna le garçon jusqu’à sa voiture.
- J’ai essayé de la ranimer, Monsieur.
La voiture démarra et pris la direction du centre- ville. Quelques mètres plus loin, elle dépassa un fourgon vert qui démarra à son tour.
Lac Monroe, Indiana.
Alexander Sheppard vérifia la position de ses lignes et s’assit dans l’herbe, au bord du lac. Sa tente était à deux pas. Cela faisait des années qu’il venait là, toujours au même endroit. Les vacances étaient terminées, il savait qu’en milieu de semaine il serait seul, tranquille pour pratiquer son activité favorite, la pêche. Il jeta un ou deux morceaux de bois sur le feu et attrapa son journal. Il passa rapidement les pages consacrées à l’actualité et se concentra sur le sujet qui l’intéressait le plus. Cela faisait des années qu’il se passionnait pour la bourse. Lorsqu’il était encore en activité, son salaire confortable lui avait permis d’acheter quelques actions. Il avait gagné un peu et s’était pris au jeu. Un jeu qu’il pratiquait de manière scientifique. Il avait très vite compris que l’industrie était bien trop sensible aux fluctuations économiques. Non. La seule chose qui continuait à se vendre, même dans les pires crises, c’était la nourriture. Alors il avait investi, massivement, dans l’agro- alimentaire.
Le fourgon se gara près de la voiture de Sheppard. L’homme descendit du véhicule. A travers les fourrés, il observa longuement les bords du lac.
- Bonjour ! Ca mord ?
- Bonjour. Je viens juste de m’installer. Mais le coin est très poissonneux.
Sheppard avait à peine levé la tête de son journal pour répondre à l’inconnu.
- Joli coin. Et calme en plus
- Oui, très calme. C’est pour ça que je viens ici pendant la semaine.
L’homme montra le journal d’un signe de tête.
- Vous vous intéressez à la bourse ?
- Un peu.
- Moi aussi. J’ai quelques actions, dans les nouvelles technologies.
- Hmmm ! Un peu trop risqué comme placement.
- Vous croyez, Monsieur Sheppard ?
- Comment ? Vous me connaissez ? Qui êtes-vous ?
- Vous ne souvenez pas ? Vous avez pourtant ruiné ma vie, il y a quelques années. Mais, peut-être ne suis-je qu’un parmi tous ceux que vous avez écrasé de votre morgue.
- Comment osez-vous ?
- Il est temps de payer l’addition, Monsieur Sheppard.
L’homme se redressa et tenta d’étrangler Alexander Sheppard. Malgré son âge, celui-ci était encore d’une constitution robuste. La lutte s’engagea. Les deux hommes roulèrent sur l’herbe. Sheppard parvint à se défaire de son agresseur et tenta de fuir. L’homme lui attrapa une cheville et le déséquilibra. Alexander Sheppard tomba les mains en avant, au milieu du feu qu’il avait allumé. La douleur fut trop intense et son cœur lâcha.
L’homme l’allongea sur le dos.
- Pfff ! Même pas foutu de mourir proprement !
Le shérif de Bloomington rejoignit le légiste au bord du lac.
- Alors docteur ?
- Alexander Sheppard, soixante- douze ans. Sa partie de pêche a mal tourné. Je vous en dirai plus après l’autopsie.
- Il a fait un malaise et est tombé dans son feu, c’est ça ?
- Cela pourrait expliquer les brûlures des mains, en effet. Mais…
- Mais quoi ?
- Regardez comment les braises ont été disposées sur son corps. On a utilisé cette pelle pour le faire. Et ce n’est pas tout.
- Cessez de parler par énigmes, Docteur.
- Vous connaissez beaucoup de gens qui s’amusent à manger de la braise ?
Un policier s’approcha.
- Shérif ! On a trouvé les traces d’un autre véhicule près de celui de la victime.
- Ok. Faites des photos et un moulage.
Le médecin légiste avait terminé son travail. Il regarda ses adjoints emporter le corps et s’approcha du shérif.
- Sale affaire.
- Comme vous dites. Merci Docteur. Prévenez-moi dès que vous en savez plus.
- Je vais tâcher de faire vite.
Le shérif le salua puis alla interroger le garde- pêche qui avait trouvé le corps. Dans la soirée, après avoir reçu les premiers résultats de l’autopsie, il envoya un rapport au F.B.I.
Washington.
Jeremy Watson rejoignit ses deux équipiers dans la salle de réunion. Les trois hommes se servirent un café, échangèrent quelques plaisanteries avant de se mettre au travail.
- Qu’est-ce qu’on a aujourd’hui, Tom ?
- Pas grand-chose. Ah, si ! Le shérif de Bloomington, dans l’Indiana, nous a signalé un meurtre. Il pense qu’il s’agit de rite satanique.
Tom projeta le dossier.
- On a mis de la braise ardente dans la bouche de ce type ?
- D’après le légiste, c’est post-mortem. Y’a quand même de sacrés tordus dans notre beau pays.
- Qu’est-ce qu’on sait sur la victime, Will ?
- Alexander Sheppard. Un professeur de mathématiques en retraite. Il enseignait et était membre du conseil d’administration du lycée… Mince !
- Quoi ?
- Sheppard enseignait au Williamson college, un grand lycée près de Columbus, en Géorgie. Un établissement privé qui n’accueille que des surdoués. J’ai postulé pour y entrer.
- Tu n’as pas été retenu ?
- Disons que le prix des études n’était pas vraiment à portée de la bourse de mes parents.
- Je vois.
- Bah, ça ne m’a pas empêché de sauter des classes et d’avoir mes diplômes.
Tom se repencha sur son ordinateur.
- Nous avons aussi une vieille dame assassinée à Bloomington, une certaine Madame Fisher. Mais là, le shérif a arrêté son meurtrier, un jeune adolescent. Il prétend avoir fait ça parce que la vieille dame allait le dénoncer pour un vol de bière.
- Putain ! Ils deviennent fous les gosses d’aujourd’hui.
- Fisher, avec ou sans « C » ?
- Sans.
- Nous y voilà. Ca alors !
- Qu’est-ce qu’il y a Will ?
- Madame Fisher était, elle aussi, professeur au Williamson. Elle enseignait la philosophie.
- C’est étrange. Qu’est-ce qu’on a dans le dossier, Tom ?
- Attendez les gars ! Ca, c’est plutôt curieux. Le gamin prétend avoir reçu un sms d’un de ses copains, celui avec qui il avait volé les bières. Mais, d’après le shérif, le message a disparu des téléphones.
- Tiens, tiens. Etonnant.
- Etonnant mais pas impossible.
Les deux policiers se retournèrent vers le jeune informaticien.
- Il faut si connaitre un peu mais, il est assez facile de pirater un portable. Par contre, il faut du matériel performant et il n’est pas donné.
- Bon, on se met en veille sur cette histoire. Will, creuses un peu cette histoire de piratage. Tom, tu sors les dossiers.
Beckley, Virginie Occidentale.
Le fourgon vert se gara dans la rue. Le quartier était quasiment désert à cette heure. Le conducteur resta un moment au volant et observa les alentours.
Arthur Wells travaillait dans son jardin. Il taillait les arbustes, juste avant les premières pousses du printemps. L’homme, vêtu d’une combinaison de la compagnie d’électricité, s’approcha de lui.
- Bonjour Monsieur. Monsieur Wells ?
- C’est bien moi.
- Je suis chargé de la vérification des installations électriques. Me permettez-vous de… ?
- Je veux bien mais j’ai du travail dans mon jardin et avec le mauvais temps de ces derniers jours, je suis très en retard.
- Montrez-moi où est votre compteur. Après, je pourrai me débrouiller tout seul.
- Venez avec moi, jeune homme.
Ils entrèrent dans la maison.
- Voilà, le compteur est ici, dans ce placard.
- Merci. Je vais faire ma vérification. Je vous laisse à votre beau jardin.
- C’est du travail, vous savez.
- Je me doute.
Arthur Wells retourna à ses arbustes et ne se préoccupa plus de l’homme. Il acheva de tailler ses arbres, ramassa les branches puis se mit à l’ouvrage sur la haie de buis qui séparait son potager du reste du jardin.
- Voilà, j’ai terminé, Monsieur Wells.
- Très bien. Je vous dois quelque chose ?
- Non. Ces visites- là sont gratuites. Au revoir Monsieur.
- Au revoir jeune homme.
Le vieux professeur regarda le fourgon démarrer. Un instant, sa couleur l’interpella. D’habitude, les véhicules de la compagnie d’électricité étaient gris. Il chassa l’idée de son esprit et se remit à son jardinage.
La nuit était tombée. Arthur Wells s’installa dans son fauteuil. Il allait allumer son téléviseur lorsque le téléphone sonna.
- Bonsoir Monsieur Wells.
- Bonsoir. Mais, qui êtes-vous ?
- Mon nom importe peu, professeur.
- Vous êtes un de mes anciens élèves ? Si c’est une plaisanterie…
- Je ne plaisante pas ! Vous, et d’autres, m’avez détruit. J’étais pourtant brillant, étincelant, même.
Le vieil homme ouvrit la bouche pour parler. Une étincelle bleutée jaillit du micro du téléphone. Il ne vit pas celle qui sortait de l’écouteur. Le combiné devint brûlant puis se mit à fondre. Mais Arthur Wells était déjà mort.
L’homme raccrocha son téléphone. Il laissa passer une voiture et se glissa hors du fourgon. Il entra dans la maison. Sans un regard pour le vieil homme gisant dans son fauteuil, il récupéra son matériel. Celui qu’il avait installé dans l’après- midi. Quelques minutes plus tard, le standard de la police de Beckley reçut un étrange appel émis depuis une borne de secours. Le lieutenant Hexton, de service ce soir-là, envoya une voiture, puis se déplaça. Tard dans la nuit, il appela Washington. On lui répondit qu’une équipe d’enquêteurs serait sur place dès le lendemain.
L’avion se posa sur l’aérodrome de Beckley en fin de matinée. Hexton s’approcha des trois arrivants.
- Bonjour lieutenant. Jeremy Watson. Voici Thomas Burden et William Sheffield, mes adjoints.
- Bonjour. Merci d’être venus aussi vite.
- Que se passe-t-il ?
- Je crois qu’il vaut mieux que nous allions sur place.
Les quatre hommes s’entassèrent dans une voiture. La maison de feu Arthur Wells se trouvait dans un quartier résidentiel.
- L’endroit est pourtant très calme, jamais aucun problème.
- Je veux bien vous croire, Hexton.
Ils entrèrent dans la maison.
- J’ai fait envoyer le cadavre à la morgue mais je voulais vous montrer ça.
Le lieutenant mis des gants et se saisit du combiné téléphonique.
- Voilà. Le téléphone a fondu et notre homme est mort électrocuté. Le légiste estime que son crâne a cuit sous la décharge.
- Bon sang ! Comment c’est possible ?
- Ruhmkorff, peut-être.
- Tu peux être plus clair, Will ?
- C’était un physicien allemand. Il a inventé une bobine à induction très particulière, un vrai transformateur haute tension. Le courant électrique qui circule dans les lignes téléphoniques est inoffensif. Au pire, il peut provoquer de légères brûlures. Par contre, si on relie le téléphone à une source de courant plus forte… Je ne vois qu’une bobine de Ruhmkorff pour arriver au résultat que décrit le lieutenant.
- Tu penses qu’on a saboté le téléphone ?
Sans répondre, Will s’approcha du mur et se mit à suivre la ligne téléphonique. Parcourant la maison, il arriva dans la buanderie et trouva une boite de dérivation qu’il ouvrit.
- Je m’en doutais. Regardez !
- Ben quoi ? Ce sont des fils connectés sur des bornes.
- Pour éviter les ennuis avec leurs abonnés un peu trop bricoleurs, les compagnies de téléphone mettent un vernis coloré sur les vis lorsqu’une installation est terminée. Or, ces deux vis-là ont été démontées. Le vernis à disparu.
- Donc, tu crois qu’on a branché une bobine de Machin sur la ligne téléphonique.
- Oui. Quelqu’un a trafiqué l’installation. Il n’avait plus qu’à téléphoner à la victime. La bobine est montée en tension et s’est déchargée dans le combiné. Mais pourquoi deux fils ?
- Si nous allions à la morgue ? Le légiste pourra peut-être nous éclairer ?
- On vous suit, Hexton.
Le lieutenant donna quelques consignes et le groupe s’éloigna. Au volant de son fourgon, l’homme les regarda partir. Il démarra juste derrière eux.
La morgue était un petit bâtiment de briques situé au fond d’une impasse. Le médecin sortit de son bureau.
- Bonjour Hexton, je préparais mon premier rapport.
- Bonjour Docteur. Ces messieurs sont du F.B.I. Du nouveau ?
- Oui. Notre homme est bien mort électrocuté. Il a reçu une sacrée décharge. Deux même. L’une est entrée par la bouche, l’autre par l’oreille…
- Les deux fils ! Voilà pourquoi deux fils de la ligne ont été débranchés !
- Alors, là, Will, je ne te suis plus.
- C’est simple. Celui qui a trafiqué l’installation a installé deux bobines. Imparable. Le cerveau de ce pauvre vieux a dû griller en quelques secondes.
- On connait son identité ?
- Oui. C’est un certain Arthur Wells.
Will connecta son téléphone à internet et lança une recherche. Il devint livide.
- Jimmy ! Ce type était professeur au Williamson College. De la même génération que les deux autres.
Ils quittèrent la maison du professeur et se rendirent au commissariat.
- Bien. Nous avons donc trois victimes qui ont en commun d’avoir enseigné dans le même lycée. Un lycée connu pour n’admettre que des élèves surdoués et riches.
- Il pourrait s’agir d’une vengeance. Un élève ou un employé viré de Williamson.
- Tu oublies, Will, que pour le premier meurtre, nous tenons un coupable.
- Peut-être. A moins qu’il ne soit qu’un exécutant. Cette histoire de SMS disparu me travaille.
- Rentrez à Washington, vous deux. Tom, tu me sors la liste de tous les professeurs de cette génération. Will, creuses un peu du côté de cette histoire de portable. Moi, je vais aller me plonger dans le monde des surdoués.
Columbus, Géorgie
Watson gara sa voiture de location sur le parking réservé aux visiteurs. Il observa longuement les bâtiments. Le Williamson college était un ensemble d’architecture post victorienne construit suivant un plan en U qui s’ouvrait sur la cour principale. Des allées longeaient les parkings et s’enfonçaient dans le parc où l’on devinait des bâtiments plus modernes, sûrement les internats. L’enquêteur se présenta à l’accueil et demanda à être reçu par le directeur du lycée.
« On dit : Président » lui précisa l’hôtesse d’accueil.
Watson patienta un moment puis on le conduisit, à travers le labyrinthe des couloirs jusqu’au bureau du « Président »
- Monsieur. Jeremy Watson. Je suis enquêteur au F.B.I.
L’homme fit la moue.
- John, Henry Glaser, Président de ce lycée. Que puis-je pour vous Monsieur Watson ?
L’accueil était glacial. L’enquêteur n’en fut pas surpris.
- Voilà. En quelques jours, trois des anciens professeurs de cet établissement ont été assassinés. Nous pensons qu’il s’agit d’une vengeance.
- Monsieur, les élèves et les personnels de cette institution sont triés sur le volet. Je ne vous permets pas…
- Eh bien, je me le permets quand même, Monsieur Glaser !
- Que voulez-vous ?
- Les dossiers des élèves et des employés qui travaillaient ici en même temps que ces professeurs.
- Impossible. Notre institution accueille des élèves issus de familles aussi aisées que discrètes. Nous ne communiquons pas ce genre de renseignements et je ne vous les donnerai pas.
- La peur du scandale, je vois. Mon travail, cher Monsieur, consiste à arrêter des criminels, quels qu’ils soient. Mon intention n’est pas de faire éclater un quelconque scandale, mais, vous feriez mieux de me donner ces documents…
- Sinon ?
- Il se pourrait que je revienne, demain, accompagné de policiers et d’un juge pour une perquisition.
- C’est une menace ?
- Je fais juste mon travail, Monsieur.
Glaser soupira.
- Nous avons fait numériser nos archives. Je vais vous donner ce que vous voulez mais promettez-moi une chose…
- Laquelle ?
- Ne revenez plus ici.
- Si cela n’est pas nécessaire, je ne reviendrais pas.
Watson sortit du lycée une demie- heure plus tard. Il prit sa voiture et se rendit à Columbus où un avion l’attendait. Après trois heures de vol, il se posa à Washington.
Sunbury, Pennsylvanie
Au volant de son fourgon, l’homme eut un sourire. Garé à l’entrée de la rue, il avait vu passer les voitures. Il les avait vues se garer autour de la maison. Il passa à l’arrière du fourgon. Une vingtaine d’hommes étaient descendus et se dispersaient autour de la bâtisse.
Dans le fourgon, l’homme ricana.
-Trop tard !
Jeremy Watson plaça ses hommes autour de la maison, leur demandant de se faire le plus discrets possible puis il alla faire le tour du quartier. Au bout de la rue, il passa près du fourgon, sans vraiment y prêter attention. Il revint jusqu’à la maison.
Edgar Hailey rentrait d’une randonnée dans les contreforts des Appalaches. Il avait marché toute la journée. Malgré son âge, il était encore alerte et en forme. Un jeune homme s’approcha lorsqu’il descendit de voiture. Le policier lui expliqua la situation.
- Vous dites que trois de mes anciens collègues ont été assassinés ? C’est affreux.
- Nous sommes ici pour assurer votre sécurité. Avez-vous reçu des visites bizarres, ces derniers temps ? Un électricien, par exemple ?
- Non, aucune. Vous permettez que j’aille prendre une douche ?
- Bien sûr. Je vous accompagne dans la maison.
- Installez-vous au salon. Je n’en ai pas pour très longtemps.
Le vieil homme monta à l’étage. Quelques minutes plus tard, Watson entendit un hurlement. Il se précipita vers la salle de bains, suivi par deux ou trois de ses hommes. Ils découvrirent Edgar Hailey gisant dans sa douche. Son crâne et son visage n’étaient plus qu’une bouillie informe et son corps était couvert de cloques qui, en éclatant, laissaient des trous béants. Avec d’infinies précautions, Watson ferma le robinet.
Dans le fourgon, l’homme vit arriver l’ambulance et les voitures de police. Il se remit au volant et quitta la rue avant qu’elle ne soit condamnée.
Jeremy Watson regarda les hommes du coroner emporter le corps du professeur. Will s’approcha de lui.
- La douche avait été reliée à une bonbonne d’acide sulfurique. Il n’avait aucune chance, Jimmy. Tôt ou tard, il y serait passé
- Quelqu’un se donne beaucoup de mal. Et ce type est un vrai tordu…
- Ou il a vraiment la haine.
Washington
Bill Huxley, son cigare collé aux lèvres, rejoignit l’équipe dans le laboratoire de Will.
- Alors ?
- Rien. Nous avons affaire à un type méthodique. Il ne laisse aucune trace de lui. Pourtant…
- Quoi ?
- On dirait qu’il veut nous faire comprendre qu’il est intelligent, beaucoup plus de que la moyenne. Il sème des indices pour qu’on sache qu’il planifie et maitrise ses crimes et les techniques qu’il emploie.
- Tu penses à quoi ?
- L’idée de Will me plait bien. Un ancien élève ou un ancien employé du Williamson college qui chercherait à se venger. J’ai récupéré des archives…
- Je sais. Ta petite visite à Monsieur Glaser a fait du bruit.
- On va creuser de ce côté- là.
Le téléphone de Watson sonna.
- Oui ?
- Bonjour Monsieur Watson.
L’enquêteur fit de grands signes à ses collègues. Will lança immédiatement un logiciel de localisation.
- Qui êtes-vous ?
- Ce serait trop facile. Vous connaissez les échecs Watson ? C’est un jeu passionnant. Un jeu où il faut toujours avoir un coup d’avance…
- Et deviner la stratégie de son adversaire pour la contrer ! Que voulez-vous, à la fin ?
- A vous de le deviner. Bonne partie, Watson.
L’étrange interlocuteur raccrocha. Watson, éberlué, se tourna vers Will.
- Tu l’as localisé ?
- Non. Ce type est très fort. Il passe par une multitude de relais. Il va me falloir un peu de temps.
Watson regarda son téléphone.
- Comment a-t-il fait ?
- Que veux-tu dire Jimmy ?
- Comment a-t-il eu mon numéro professionnel ? Notre réseau est secret, il me semble.
- Exact. Je ne vois qu’une solution. Il est entré dans notre base de données !
Huxley prit la parole.
- Je vais donner des ordres pour qu’on vérifie notre protection et qu’elle soit renforcée. Combien reste-t-il de professeurs sur votre liste ?
- Trois !
- Je vais les faire protéger immédiatement, en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard. Trouvez-moi ce type ! Vite !
- Il va faire une erreur.
- Pardon William ?
- Ce type va faire une erreur. Il se croit le plus fort, il va penser qu’on ne le prendra jamais et il oubliera quelque chose, il laissera une trace de trop…
Huxley regagna son bureau. Watson et Tom se plongèrent dans l’analyse des archives du Williamson college. La liste des élèves renvoyés de l’établissement pendant la période durant laquelle les professeurs avaient enseigné était longue. Quant aux employés, les deux qui avaient été renvoyés étaient morts. Will les interrompit au bout de quelques heures.
- J’ai trouvé ! Je sais d’où ce type nous a appelés !
- T’es un vrai génie Will ! Où est-il ?
- Ca n’a pas été simple. Il utilise un système de croisement de réseaux très complexe. Mais rien ne résiste à mes algorithmes. Son appel provenait des abords du Lac Chamberlain, dans le Maine. J’ai localisé le relais le plus proche et la seule habitation possible dans le coin. Voilà.
- Ok. Merci Will. On fonce !
Lac Chamberlain, Maine
Emmenés par Tom, la première équipe de commandos avançait vers le chalet. L’endroit était parfaitement isolé, perdu au milieu des vastes forêts du Maine. Après une reconnaissance près du relais de téléphone, Watson rejoignit l’équipe.
- On dirait qu’il n’y a personne, Jimmy.
- Bon. On va entrer. Tu prends une dizaine d’hommes.
Tom regroupa quelques commandos et ils s’avancèrent vers le chalet. En ordre de combat, ils forcèrent la porte et entrèrent dans le chalet. Le téléphone de Watson émit un bip.
« Vous aimez le poulet grillé, Watson ? »
L’enquêteur n’eut pas le temps de crier. Il y eut un bruit sourd, celui d’un souffle. Le chalet s’embrasa. De longues flammes jaillirent de toutes les ouvertures. Watson courut vers le chalet. De la fournaise, il vit sortir une forme humaine. Il se précipita et parvint à éteindre les flammes. Malgré les brûlures, Watson le reconnut immédiatement.
- Tom ! Tom ! Putain !
Un hélicoptère se posa quelques minutes plus tard. Il emmena Tom vers l’hôpital de Bangor. Watson le regarda s’éloigner, les larmes aux yeux. Puis il appela Huxley.
- Bill ? C’est Jimmy.
- Qu’est- ce qui se passe ?
- Nous avons eu problème.
Le jeune enquêteur expliqua longuement à son chef ce qui venait de se produire
- Ok, Jimmy. Rentrez à Washington. Je vais aller voir la femme de Tom et la faire accompagner à Bangor.
- Je reste ici. J’irai à l’hôpital ce soir.
Watson raccrocha et retourna près des ruines du chalet. Les hommes de la section scientifique étaient déjà au travail. Le jeune enquêteur s’approcha du responsable.
- Comment ? Comment a-t-il fait ?
- Je n’en sais rien, Watson. Je vais faire mes analyses le plus vite possible. Je vous tiens au courant dès que j’ai un semblant de piste.
Watson resta un long moment sur le site. Observant les allées et venues, il pensait à Tom et réfléchissait La sonnerie de son téléphone le fit sursauter.
- Tu as du nouveau, Will ?
- Oui et non. Je sais comment ce type a trouvé ton numéro. Il a réussi à rentrer dans notre base de données. Ce qu’il ne sait pas, c’est que toutes les entrées sont mémorisées sur un serveur indépendant. Je vais pouvoir remonter jusqu’à son ordinateur.
- Vas-y ! Il faut qu’on coince ce salopard.
- Huxley m’a mis au courant pour Tom. C’est moche. Tu crois que…
- Je ne sais pas, Will. Mets-toi au boulot.
Watson raccrocha. En fin de journée, il se rendit à l’hôpital de Bangor. Sur le parking, il remarqua un fourgon vert. Instinctivement, il mémorisa la plaque d’immatriculation. On lui indiqua le service des grands brûlés. Il se fit connaitre des deux policiers qui gardaient la chambre. May, l’épouse de Tom se tenait dans le couloir, le visage collé à une paroi vitrée. Le jeune enquêteur s’approcha. La vitre donnait sur la chambre de son collègue.
- Je suis là, May.
- Pourquoi, Jimmy ? Pourquoi lui ?
- Je ne sais pas encore. Que disent les médecins ?
- Ils l’ont plongé dans un coma artificiel, pour qu’il souffre moins. Il est très gravement brûlé et ses poumons ont souffert. Ils ne m’en ont pas dit plus.
Elle fondit en larmes.
- Je ne peux même pas m’approcher de lui, même pas l’embrasser.
- Patience, May. Ca va aller.
Watson resta un long moment auprès de la jeune femme. Ils étaient silencieux. Sur son lit, Tom semblait dormir. Le jeune enquêteur quitta l’hôpital. Sur le parking, le fourgon avait disparu. Tôt, le lendemain, un hélicoptère des marines le ramena à Washington.
Washington.
Will était dans son labo. Les yeux cernés et rougis, il fixait ses écrans sur lesquels défilaient à toute vitesse des dizaines de lignes de code.
- Salut Will !
- Bonjour Jimmy. Tu as vu Tom ?
- Oui, hier soir. C’est pas brillant
- Tu crois que.. ?
- Je ne sais pas. Les médecins refusent de se prononcer. May est sur place, elle nous tiendra au courant. Depuis combien de temps t’as pas dormi, toi ?
- J’ai du boulot, Jimmy !
- Tu vas me faire le plaisir d’aller manger un peu et de te reposer !
Will soupira, se leva et se dirigea vers la porte.
- Je fais ça pour Tom
- Je sais. File !
Watson s’installa devant un ordinateur et se replongea dans les dossiers. Il commença par réétudier ceux des meurtres et envoya un long mail à un de ses amis psychiatre. Il allait se plonger dans les dossiers des élèves renvoyés lorsque le téléphone sonna. L’appel provenait de la section scientifique de l’agence de Bangor.
- Watson.
- Bonjour Jeremy. On m’a dit que je vous trouverai ici.
- Vous avez trouvé quelque chose ?
- Oui. Et ce n’est pas rassurant. Nous avons trouvé beaucoup de débris de bonbonnes dans les ruines du chalet. J’ai trouvé ça étrange, alors je les ai analysés.
- Et ?
- Vous avez affaire à un vrai taré. Les bonbonnes contenaient du napalm mélangé à du phosphore. Vu la disposition des débris, il y en avait partout. Voilà pourquoi le chalet a brûlé aussi vite et aussi violemment.
- Comment a-t-il fait pour tout déclencher ?
- Sûrement une télécommande à distance. Ce qui veut dire qu’il savait précisément où vous étiez.
- D’accord. Merci d’avoir fait aussi vite.
- C’est le job. Je termine mes analyses et je vous envoie mon rapport
Watson se replongea dans ses dossiers. Absorbé par son travail, il ne vit pas passer le temps. Will finit par revenir.
- J’ai deux questions à te poser, Will. Comment un type peut-il savoir que je suis à un endroit donné sans y être ?
- Très simple. Il se sert du G.P.S. de ton portable et te suit à la trace, au mètre près.
- Donc, il savait que je ne me trouvais pas dans le chalet au moment où il a déclenché l’incendie.
- Exact ! Tu avais une autre question, je crois.
-Oui. Peux-tu me vérifier cette plaque d’immatriculation ?
- Ce sera vite fait. Donne-moi ton téléphone.
- Que vas-tu faire ?
- Si ce type peut nous localiser, on va le laisser faire. J’ai développé une petite application qui leurre les systèmes G.P.S.
- Tu veux bluffer ?
- C’est ça. On va lui faire croire que.
- Génial ! Tu as réussi à remonter jusqu’à son ordinateur ?
- Pas encore. Ce salopard a un système de sécurité très efficace, mais…
- Mais ?
- Il ne sait pas qu’il a affaire à William Sheffield. Celui à qui Steve Jobs et Bill Gates ont offert des ponts d’or pour l’embaucher.
- Et tu as refusé ?
- Le fric ne m’intéresse pas. Pas plus que de développer des applications pour des types qui ne s’en servent jamais. Ce que je fais ici est moins bien payé mais bien plus utile. Je vais trouver, Jimmy. Je vais entrer dans l’ordinateur de ce type et y foutre un beau bordel, crois-moi.
- Allons-y !
Watson se replongea dans ses dossiers. Une icône clignotante l’avertit de l’arrivée d’un message. Son ami psychiatre lui répondait, confirmant son analyse :
« L’homme auquel tu as affaire ne semble souffrir d’aucune maladie. Il est simplement guidé par la colère et la vengeance. Je pense qu’il est d’une intelligence très au-dessus de la moyenne. Il essaie de faire croire à la présence de plusieurs meurtriers tout en sachant très bien que la police fera le lien entre les victimes. L’incendie du chalet était un coup de semonce. Une façon de te montrer qu’il était plus fort et en avance sur toi. Je me tiens à disposition. Bon courage.»
Watson referma sa messagerie.
- J’ai ton renseignement. A propos de la plaque. Le véhicule appartient à un certain Alan, Michael Shontreve. Il habite dans une banlieue d’Atlanta.
- Merci, Will.
Watson nota le nom et se replongea dans ses dossiers. Au bout de quelques secondes, il reprit le papier qu’il venait de laisser. Ses yeux allaient du papier à la liste qui s’affichait sur son écran.
- Will ! Trouves-moi tout sur un certain Gordon Michael Stevehorn !
- C’est comme si c’était fait ! Voilà ! Gordon Michael Stevehorn. Son père à fait fortune dans l’électronique. Il était un des fournisseurs du Pentagone. Il s’est tué dans un accident d’avion et son fils a repris l’affaire et l’a revendue quelques années plus tard. Depuis, on a perdu sa trace.
- La voilà l’erreur dont tu parlais l’autre jour. Ce type se croit tellement fort qu’il a cru qu’en faisant une simple anagramme de son nom, il pourrait nous semer. Il est sacrément gonflé quand même.
- Tu m’expliques ?
- Je me demandais depuis hier soir où j’avais déjà vu se fourgon. Je viens de m’en souvenir. Il était garé au bout de la rue, à Sunbury, quand Hailey a pris sa douche mortelle.
- Y’a vraiment des types tordus.
- Je file. Il faut que je rencontre les trois derniers professeurs. Localise ce type et ne le lâche pas !
Quelques minutes plus tard, l’enquêteur gara sa voiture près d’un immeuble dans la banlieue de Washington. Le bâtiment grouillait d’hommes armés jusqu’aux dents. Dans un salon, Watson rencontra les trois professeurs.
- Monsieur Watson, allez-vous enfin nous dire pourquoi on nous a amenés ici ?
Il leur expliqua, longuement sans, malgré tout, s’attarder sur les détails des crimes.
- Donc, vous croyez qu’un homme veut se venger de nous.
- Oui. Vous êtes dans une résidence sécurisée. Vous ne risquez rien. Est-ce que le nom de Stevehorn vous dit quelque chose ?
- Bien sûr ! C’était un élève très brillant. Un hyperdoué. Excellent dans tous les domaines. Il est rare, dans une carrière, de rencontrer un élève de ce niveau.
- Savez-vous pourquoi on l’a renvoyé du Williamson college ?
- A cause de son comportement. Il s’était montré violent envers un de ses camarades qui le contredisait. Il l’avait même… Menacé de mort.
- Bien, merci messieurs. Nous allons tout faire pour que tout rentre rapidement dans l’ordre.
Watson rejoignit les bureaux du F.B.I et se rendit dans le bureau de Bill Huxley. Dans son labo, William Sheffield exultait. Il avait enfin réussi à percer la défense de son adversaire.
- Will ? Tu peux monter chez Huxley ? J’ai du nouveau.
- Moi aussi.
Dans le bureau de son chef, Watson fit un exposé de la situation. Il le terminait lorsque son portable personnel sonna. Il pâlit en voyant le nom de son correspondant. Il décrocha et écouta son interlocuteur.
- Je suis désolé, May.
Il raccrocha, et se mit à pleurer.
- Tom est mort.
Will s’approcha de lui et le soutint.
- Venez dans mon labo ! J’ai des choses à vous montrer.
Les trois hommes descendirent. Will pianota sur son clavier. Sur le grand écran, l’image d’un immeuble apparu.
- Voilà le repaire de Stevehorn. C’est un malin. Il a choisi un immeuble dans une impasse. Ces images de Google Street View datent d’il y a trois jours. Si on zoome un peu et en jouant sur les angles de prise de vue, on se rend compte que la rue est truffée de caméras de surveillance.
- Ca va être coton pour y entrer.
- D’autant plus qu’il faudra le faire en silence. Regardez ces antennes. Ce type écoute tout.
- Bon. Tu as fait du bon boulot, Will.
- Ce n’est pas tout. J’ai également réussi à pénétrer dans son ordinateur.
- Il va s’en rendre compte.
- Ca m’étonnerait !
- Bien. Allez-vous reposer, vous deux. On se retrouve demain matin dans mon bureau pour trouver comment coincer ce salopard.
Avant de quitter la pièce, Will lança deux programmes.
- Tu as le bonjour de William Sheffield !
Le jeune informaticien rejoignit Watson et Huxley le lendemain matin.
- Il faut trouver un moyen de rentrer dans cet immeuble.
- Je sais comment faire !
- On t’écoute, Will.
Le jeune homme expliqua son plan.
Atlanta, Géorgie.
L’homme était assis devant l’immense console surplombée d’une dizaine d’écrans, il souriait. Le système de localisation indiquait que les enquêteurs du F .B.I. étaient à Washington. Il se concentra sur un autre écran.
« Enlèves ton soutien-gorge et caresses tes seins »
La fille s’exécuta et s’approcha de sa webcam massant ses tétons et poussant des soupirs qui se voulaient lascifs.
A deux cent mètres de là, l’équipe du F.B.I., arrivée dans la nuit, achevait de se préparer.
- On est prêts, Will.
- Bien, écoutez-moi. Je vais entrer dans le système informatique de Stevehorn, pirater sa vidéo- surveillance et désactiver le système de sécurité de l’immeuble. A partir de ce moment- là, vous aurez cinq minutes. Toi, Jimmy, pour entrer chez lui, les autres, pour vous glisser dans les immeubles voisins. C’est tout ce que j’ai pu avoir comme images de la rue. A mon signal, vous pourrez communiquer, par radio uniquement. Tout le monde a compris ?
- C’est OK, Will.
- T’es sûr de vouloir y aller seul, Jimmy ? Si ça tourne mal, tu n’auras aucun moyen de communiquer.
- Ca va aller. Laisse-moi cinq minutes après mon entrée avant de lancer ton cirque.
- Cinq ! Pas une de plus.
Will lança ses programmes et donna le signal du départ. Watson se glissa dans l’impasse en rasant les murs. Il eut une appréhension en arrivant devant la porte. Non. Il fallait qu’il fasse confiance à son collègue. La porte s’ouvrit. L’enquêteur entra avec précaution. Sur son écran de contrôle, Will le vit.
- Tu as cinq minutes, Jimmy
Le jeune informaticien envoya un signal. Un à un, les tireurs d’élite se mirent en place.
Watson s’avança dans le couloir. Il percevait des bruits de climatisations et des paroles. Stevehorn n’était pas seul. Il se laissa guider, avançant silencieusement. Plaqué contre le mur, il jeta un œil dans la pièce et sourit. Rivé à son écran, Stevehorn donnait des ordres à la fille, maintenant complètement nue.
Le policier dégaina son révolver.
- Bonjour Monsieur Stevehorn !
L’homme fit pivoter son fauteuil, éberlué
- Watson ? Non ! C’est impossible ! Vous êtes a…
- Il ne faut pas croire tout ce que disent les ordinateurs, Stevehorn. Pas plus qu’il ne faut croire cette fille quand elle vous dit qu’elle vous aime.
- Comment avez-vous ?
- Un simple logiciel qui fausse les données G.P.S.
Stevehorn se détendit.
- Joli coup, Watson. Mais, vous n’avez pas encore gagné la partie.
- Vous croyez ?
- Ce local est piégé. Si je quitte ce fauteuil, tout explosera et brûlera, nous avec. A propos, comment va Monsieur Burden ?
- Il est mort.
- Oh, quel dommage ! J’ai vu son dossier. Excellent élément. C’est une grosse perte pour le F.B.I.
- Fermez-là, Stevehorn !
- Vous êtes sentimental Watson. Mais je comprends, c’est humain.
- Expliquez-moi pourquoi vous avez fait tout ça.
- Pour la gloire ! Pour être le tueur le plus machiavélique de tous les temps !
- Je ne vous crois pas.
- Vous savez ce que c’est d’être viré d’une école aussi prestigieuse que le Williamson college ? Non, évidemment.
- Je me doute que…
- NON ! Vous ne pouvez pas imaginer. C’est une tâche au milieu de votre front. Personne ne veut plus de vous. Même mon salaud de père n’a pas voulu me prendre dans sa boite !
- Ne me dites pas que c’est vous qui l’avez tué
- J’aurais pu. La providence, le hasard, appelez ça comme vous voulez m’ont épargné cette tâche.
Watson consulta sa montre. Il restait quelques secondes.
- Je crois que mon collègue a une petite surprise pour vous.
- Votre petit informaticien ?
Au même instant de la musique jaillit des haut-parleurs. Stevehorn se retourna précipitamment et se jeta sur son clavier. Watson ne l’avait pas quitté des yeux. Sur l’écran central, le visage adolescent de Will apparut.
- Bonjour Monsieur Stevehorn. On dirait que vous êtes… Comment dit-on déjà ? Echec et mat ?
- Petit con ! Je vais te montrer…
- Inutile de vous énerver. J’ai le contrôle total de votre système. Je vous laisse avec mon ami.
Watson s’était approché. Il appuya son révolver sur la tête de l’homme.
- La partie est finie, Stevehorn. Levez-vous, les mains bien en vue.
- Vous oubliez…
- Du bluff ! Vous vous êtes levé de votre siège quand Will est intervenu.
Le policier lui passa les menottes et le poussa dans le couloir. Avant d’ouvrir la porte, Watson se retourna.
- Une dernière chose. Pour tous ceux qui sont derrière cette porte, vous êtes un tueur de flics. Tâchez de ne pas l’oublier.
Cimetière d’Arlington.
Jeremy Watson se tenait tout près de May. Le directeur du F.B.I. acheva son éloge funèbre. Le pasteur prit la parole pour une dernière prière. On replia soigneusement le drapeau et les six hommes, issus des commandos de marines et du F.B.I. descendirent le cercueil de Thomas Burden dans la tombe. Jeremy et May y jetèrent des roses et s’éloignèrent, bientôt rejoints par Huxley et Will.
- Ca va aller May ?
- Oui, je crois.
- Tu peux m’appeler quand tu veux, jour et nuit
- Je sais, Jimmy.
Les trois hommes restèrent un moment avec elle puis la regardèrent partir dans une limousine noire. Huxley alluma son cigare.
- Je vais faire le nécessaire pour qu’elle ne manque de rien.
- C’est sympa Bill. Il faut que je retourne au bureau. J’ai un interrogatoire qui m’attend.
- Je te suis Jimmy. J’ai quelques questions à poser à ce monsieur.
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