NOUVELLE: EDDIE

Publié le 18 Mars 2013

- He, Eddie! Fais gaffe tu marches sur ton pantalon !

Eddie Wilson ne prêta même pas attention à la blague éculée de Chris Matford, ni aux rires des autres. Depuis le temps qu’ils se moquaient de lui… Il haussa les épaules, prit son sac et sortit de la classe. Dans le couloir, Mary Clark le rattrapa

- Je suis désolée Eddie. Chris est vraiment méchant avec toi. Ca me fait de la peine de le voir se moquer de toi comme ça.

- Ne t’en fais pas Mary. J’ai l’habitude. A demain

- A demain, Eddie

Elle l’embrassa sur la joue, ce qui le fit rougir et puis elle disparut au milieu des autres élèves. Eddie l’aimait beaucoup. Elle était jolie, brillante et toujours gentille avec lui. Ce qui n’était pas le cas des autres élèves de leur classe. Eddie était leur tête de turc, tout simplement parce qu’il n’était pas de leur monde. Il était d’une famille modeste et venait d’un village isolé alors que la plupart des élèves du lycée de Bayfield vivaient dans les milieux aisés de cette petite ville du Wisconsin. Tous se déplaçaient à moto ou en voiture alors qu’Eddie n’avait que son vieux vélo. Tous portaient des vêtements chers et à la mode, Eddie, lui, s’habillait de vêtements informes que sa mère lui achetait dans des friperies. Tous habitaient de belles maisons tandis qu’Eddie vivait chez son oncle et sa tante, dans un petit pavillon dans le quartier du port.

Même si la plupart de ses professeurs décelaient en lui de réelles capacités, Eddie était un élève plutôt moyen. Il avait toujours l’air de rêver, d’être ailleurs et il était très timide.

Il rejoignit le hangar à vélos et enfourcha son vieux VTT. Il pédalait sur l’avenue lorsque Chris Matford arriva à sa hauteur. Il conduisait son cabriolet et était accompagné de ses inévitables copains, Jerry Summers, Tom Welling et Peter Franck. Ces quatre là étaient de vraies terreurs et se croyaient tout permis. Eddie les redoutait comme la peste.

- Alors champion, tu veux faire une petite course ? Hey, tu pourrais répondre quand on te parle.

Eddie regarda droit devant lui et continua son chemin.

- C’est vrai ça ! Dis-donc Eddie, t’es pas très poli avec tes potes

- Vous n’êtes pas mes potes ! Fichez-moi la paix !

- Non mais dis- donc. Pour qui tu te prends, Eddie ?

Chris Matford tourna légèrement son volant à droite. La voiture se rapprocha de plus en plus du vélo, le serrant contre le trottoir et Eddie n’eut bientôt d’autre solution que de sauter dessus. Il évita de justesse une poubelle tandis que le cabriolet, accompagné d’un grand éclat de rire, s’éloignait.

Hésitant entre la colère et la tristesse, Eddie repris son souffle et son calme. Quelques minutes plus tard, après avoir traversé le parc de Bayfield, il arriva en vue du lac. Il venait là tous les jours, après les cours. Il s’asseyait sur un banc et observait un moment les bateaux qui naviguaient sur le lac supérieur. Puis il ouvrait son sac et commençait à émietter son pain jusqu’à ce qu’ils arrivent et, ce soir comme tous les soirs, ils vinrent.

Eddie fut bientôt entouré d’une volée de moineaux. Après les avoir salués, il commença, comme tous les soirs, à leur parler. Il leur raconta sa journée, ennuyeuse comme toutes les autres, les plaisanteries douteuses de Chris et de ses copains. Il allait leur raconter le baiser que lui avait donné Mary lorsqu’une voix l’interrompit.

- Eddie ! He ! Eddie ! Tu m’entends ?

La voix semblait lointaine et résonnait bizarrement. Eddie se contorsionna sur son banc, cherchant qui pouvait bien lui parler

- Je t’entends mais je ne te vois pas. Où es-tu ? Et qui es-tu ? On se connait ?

- Non, on ne se connait pas. Pas encore en tout cas. Mais, je suis ton ami, Eddie, et, à partir de maintenant, je ne te quitterai plus.

- T’es vraiment bizarre comme mec. Montres-toi et dis-moi comment tu t’appelles

- Tu ne peux pas me voir Eddie, mais je serai là tout le temps. Tu n’auras qu’à m’appeler quand tu auras besoin de moi.

- Et je fais comment ? Je ne sais même pas ton nom

- Je n’ai pas de nom. D’habitude on m’appelle « l’ami »

- Alors moi, je t’appellerai Jason. Ca te va ?

- Ouais, ça me va. T’es un gars sympa Eddie. N’aies pas peur de moi, je suis là pour t’aider.

- M’aider à quoi ?

- A montrer que tu vaux mieux que tout le monde, à faire fermer leur clapet à Chris et ses potes. Et puis, il y a Mary…

- Quoi Mary ?

- Allez, fais pas l’innocent ! J’ai bien vu que tu en pinces pour elle. Et je suis bien d’accord avec toi. T’as du goût mon pote.

- Hmm, ça m’étonnerait qu’elle s’intéresse vraiment à moi. Et on fait comment ?

- Quand tu sens perdu, tu m’appelles. Tu penses juste « Jason » et je serai là. De toute façon, je ne serai jamais bien loin. Quant à la jolie Mary, si tu m’écoutes bien…

- Ok, Ok ! Je dois rentrer là…

- Je sais. Je te suis. Je te l’ai déjà dit, on ne se quitte plus.

Eddie repris son vélo en rentra chez lui. Dans sa chambre, il s’attela à ses devoirs. Il terminait un exercice de chimie lorsque Jason intervint

- Attention Eddie ! Je crois que tu t’es gourré dans ta dernière formule…

- T’es sûr ?

- Ouaip ! Vérifie

Eddie reprit son exercice et effectivement, trouva une erreur.

- Merci mon pote.

- De rien.

Le jeune garçon descendit diner avec son oncle et sa tante. Bart était pêcheur et Stella faisait le ménage dans un cabinet d’avocats. Ils n’avaient pas d’enfant et ils avaient, avec joie, accepté de prendre leur neveu en pension lorsqu’il était entré au lycée de Bayfield. Eddie les aimait bien et il passait de longues heures dans la remise, avec Bart, à réparer les filets ou à bricoler tout en l’écoutant raconter ses histoires. Bart était né ici, à Bayfield et il connaissait le lac supérieur, cette immense mer intérieure, comme sa poche. Et puis, surtout, Bart lui apprenait à conduire, au volant de son vieux pick-up Dodge.

Eddie passa un moment avec eux puis, prétextant être fatigué, monta se coucher. Il fallait qu’il parle avec Jason. Une fois couché, il éteignit la lumière…

- Un souci Eddie ?

- Non. Je voulais juste parler avec toi, si tu es d’accord

- Bien sûr

- Qui es-tu Jason ?

- Je te l’ai dit, je suis ton ami. On m’a envoyé pour veiller sur toi.

- Qui ça, « On » ?

- Je ne peux pas te le dire.

- Où es-tu ? Pourquoi je ne te vois pas ?

- Tu ne peux pas me voir. Je suis invisible. Mais je suis là, partout autour de toi.

- Tu fais ça souvent ? Je veux dire, aider les gens…

- Disons que c’est mon boulot. Et que j’ai connu beaucoup d’ « Eddie » dans mon existence

- Et comment vas-tu m’aider ?

- En te donnant des conseils. Mais il faudra que tu m’écoutes et que tu fasses tout ce que je te dis

- Même des bêtises ?

- Je ne fais jamais d’erreur Eddie. Quelle que soit la solution que je propose, c’est toujours la meilleure.

- Si tu le dis… En fait, t’es une sorte d’ange gardien.

- C’est à peu près ça. Tu devrais dormir maintenant. Bonne nuit Eddie

- Bonne nuit Jason

Eddie se cala dans son lit et s’endormit en réalisant que, tout au long de sa discussion avec Jason, il n’avait pas prononcé un seul mot à haute voix.

Le lendemain. Eddie se leva et descendit prendre son petit déjeuner. Comme d’habitude, Bart était déjà parti pêcher et Stella était prête à partir à son travail. Le jeune garçon se prépara et enfourcha son vélo. Il remarqua que, pour la première fois depuis bien longtemps, il partait au lycée sans l’habituelle boule au ventre. En arrivant dans les couloirs, il tomba sur Chris et Peter.

- Tiens, voilà l’acrobate. Tu nous as bien fait rire hier soir.

Eddie regarda Chris droit dans les yeux

- Vas te faire foutre, Chris

- Quoi ? Qu’est ce que t’as dit ? Répète un peu pour voir

- J’ai dit : Vas te faire foutre !

Chris se rapprocha, menaçant. Il faisait une bonne tête de plus qu’Eddie et il était plutôt baraqué. Sans baisser les yeux, Eddie se colla contre le mur. C’est ce moment là que choisit le surveillant général pour se pointer dans le couloir.

- On règlera ça plus tard, morveux.

Eddie se dirigea vers sa classe et interpella Jason

- T’es fou ou quoi ? Pourquoi m’as-tu fait dire ça ? J’ai failli me faire casser la gueule.

- Seulement failli, Eddie. Et puis je t’aurais aidé. Waouw ! Ton amie Mary est très en beauté ce matin. Tu devrais lui parler.

Eddie s’approcha de la jeune fille en rougissant

- Bonjour Mary

- Bonjour Eddie. Tu vas bien ?

- Oui. Je… Tu… Tu es très jolie ce matin

Elle le regarda avec un petit sourire

- Seulement ce matin ?

- Ce n’est pas ce que je voulais dire…

Elle le vit rougir et réalisa qu’elle le mettait mal à l’aise

- Je te taquine Eddie. Mais c’est très gentil de m’avoir dit ça, vraiment.

Elle l’embrassa sur la joue. Dans son coin, Chris Matford les regardait en maugréant.

La matinée se déroula tranquillement. Les cours s’enchainaient. De temps en temps, Eddie jetait un coup d’œil vers Mary et ils échangèrent quelques regards et quelques sourires. Eddie se rendit vite compte qu’il était en train de tomber amoureux et il dut faire d’énormes efforts pour rester concentré. A midi, il s’arrangea pour sortir de classe en même temps qu’elle.

- Où déjeunes-tu Eddie ?

- Dans le parc du lycée, comme d’habitude. C’est reposant et puis j’y ai plein d’amis

- Des amis ?

- Oui, des oiseaux, des écureuils…

- Tu es un poète Eddie ou un rêveur. Mais, j’aimerais bien que tu me présentes tes amis. Je pourrais déjeuner avec toi, un de ces jours ?

- Bien sûr ! Quand tu voudras Mary. A tout à l’heure ?

- A tout à l’heure

Elle s’éloigna vers le self. Ni elle ni Eddie ne s’étaient rendu compte de la présence de Chris Matford derrière eux. Les poings serrés, les yeux brûlants de rage, il rejoignit ses amis.

Eddie trouva un banc dans un coin tranquille du parc et déballa le casse- croûte que sa tante lui avait préparé. Il garda un bout de pain pour ses amis du soir et se mit à grignoter en pensant à la jeune fille. Jason, qui s’était montré discret jusque là, intervint.

- Tsss ! Tsss ! T’es amoureux Eddie

- Te voilà toi ! Je crois bien que oui. Mary est adorable

- T’as bien raison et tu as été parfait tout à l’heure. Tu l’as charmée et intriguée.

- Tu crois qu’elle viendra déjeuner avec moi ?

- Ouais. Mais, laisse-la faire et choisir le moment.

- Ok. Je vais suivre tes conseils

- Je te l’ai dit. Ecoutes-moi et tout ira bien. Oh, oh ! Voilà ton copain Chris. Il n’a pas l’air content du tout.

Chris s’approcha du jeune garçon. Concentré sur lui, Eddie ne vit pas Tom et Peter arriver derrière lui. Ils l’empoignèrent et le maintinrent solidement sur le banc. Eddie se débattit et parvint tout de même à décocher deux ou trois coups de pied bien sentis. Chris l’empoigna par le col et le gifla une première fois

- Ca, c’est pour m’avoir dit d’aller me faire foutre.

Une deuxième gifle tomba, plus forte que la première et Eddie senti les larmes lui monter aux yeux.

- Et celle-là pour t’apprendre la politesse, petit con.

Chris lui asséna un coup de poing dans l’estomac.

- Ecoute-moi bien Eddie. Arrête de tourner autour de Mary. Cette fille est pour moi. Pas pour les vermines comme toi. Si je te vois encore parler avec elle, ça ira très mal pour toi.

Chris allait frapper de nouveau mais il s’arrêta net. Eddie poussa un cri dément, une sorte de rugissement. Ses forces semblaient avoir tout d’un coup décuplé. Il s’arracha de l’emprise de Peter et projeta Tom par-dessus le banc. Puis, il se leva d’un bond et envoya un direct dans la mâchoire de Chris avant de lui balancer son pied dans l’estomac. Chris récupéra son souffle et regarda Eddie. Ce qu’il vit sur son visage lui fit peur. Il aida Tom à se relever et, tout en massant sa mâchoire, recula.

- On se retrouvera Eddie et tu vas me le payer.

Sans dire un mot, le jeune garçon regarda les deux autres s’en aller et se rassit sur le banc. Il reprit peu à peu ses esprits. Dans un coin de la tête d’Eddie, Jason, lui aussi, se calmait. Il n’aimait pas la violence, mais, quand il le fallait…

Les jours passèrent. Avec l’aide de Jason, Eddie prenait de plus en plus d’assurance. Chris et ses copains semblaient avoir retenu la leçon et se moquaient moins de lui. En tout cas, ils évitaient de le provoquer. Mary parlait de plus en plus avec Eddie et, un jour, elle vint s’asseoir près de lui dans le parc du lycée.

- Tiens Eddie, je t’ai apporté un sandwich. Alors, tu me présentes tes amis ?

- Si tu veux. Merci pour le sandwich.

Il émietta un peu de pain sur le sol. Un petit écureuil roux apparu. Il regarda avec attention les deux jeunes gens et se mit à manger

- Salut toi. Je te présente Mary. N’aies pas peur, elle est très gentille. Régale-toi avant que les moineaux n’arrivent.

Tout en dégustant le pain, l’écureuil ne quittait pas le garçon du regard

- Oh Eddie, on dirait qu’il t’écoute. C’est vraiment trop mignon.

- Mais il m’écoute. Tiens, regarde, voilà les autres.

Un à un, les moineaux vinrent se poser à leurs pieds. Les deux jeunes gens les saluèrent poliment. Très vite, Mary se prit au jeu et se mit à discuter avec les oiseaux. Eddie la regardait et l’écoutait, fasciné, subjugué par sa beauté et sa douceur.

Mary prit vite l’habitude de déjeuner avec Eddie. Ils s’entendaient bien tous les deux et passaient de longs moments à discuter et à rire. Et un jour…

-Je t’aime Mary.

Eddie fut surpris de ses propres paroles mais il comprit vite. Jason avait jugé le moment opportun et il avait pris le contrôle de la situation. Et puis il chavira de bonheur

- Je t’aime moi aussi Eddie.

Ils se regardèrent, un instant indécis, puis s’embrassèrent. A quelques mètres d’eux, dissimulé derrière une haie, Chris Matford, bouillant de colère, serra les poings.

Les tests trimestriels arrivèrent bientôt. Grâce à Jason et aux longues heures de révisions, joue contre joue avec Mary, Eddie s’en sortit plutôt bien, jusqu’à l’épreuve de dissertation. Il était fâché avec l’écriture. Il avait beau lire, s’imprégner des phrases des auteurs, il n’y arrivait pas. Perdu devant sa page blanche, il appela Jason

- Tu peux m’aider là ? Je ne comprends rien au sujet et je ne sais pas par quel bout commencer.

- Pas de panique Eddie. Laisse- moi réfléchir un peu.

Il se passa deux ou trois minutes puis :

- C’est bon ! Ecris ce que je te dis…

Eddie commença à noircir sa copie. Au bout des trois heures d’épreuve, il avait écrit cinq pages d’un discours précis sur les avantages et les inconvénients de la société de consommation. Il remit fièrement sa copie à Monsieur Blake, son professeur de lettres et attendit Mary. Les deux jeunes gens se rendirent ensembles au parc réservé aux deux-roues. Après un long baiser, Mary pris sa petite moto et Jason enfourcha son vélo et fonça vers le lac.

- Merci pour le coup de main, Jason

- Je suis là pour ça Eddie. Mais j’espère que tu as compris la leçon

- Oui. Enfin, je crois.

- Tu devrais t’entrainer un peu. Choisir un sujet et essayer d’écrire en suivant la méthode que je t’ai montrée

- Ok. J’essaierai

Quelques jours plus tard, à la fin de son cours, Monsieur Blake interpella Eddie.

- Viens me voir après les cours, dans mon bureau.

- Oui Monsieur.

A la fin de la journée, Eddie se rendit donc dans le bureau de son professeur

- Vous vouliez me voir Monsieur ?

- Oui Eddie. Entre et ferme la porte.

- Qu’y a-t-il Monsieur ?

- Eddie, je viens de corriger ta dissertation. Brillant ! Un discours bien construit, étayé d’exemples, avec de belles citations. Vraiment, un devoir parfait. Je devrais te féliciter, mais…

- Mais quoi Monsieur ?

- Mais tu as triché Eddie. Je connais bien mais élèves et je te sais incapable d’écrire ainsi. Alors je vais te poser deux questions : Comment as –tu obtenu le sujet à l’avance ? Et qui a écrit ce texte ?

- Je n’ai pas triché Monsieur !

- Menteur !

Le professeur s’avança, brandissant la copie du jeune garçon. Il la lui mit sous le nez, menaçant.

- Tu as triché Eddie. Peu importe comment, mais tu as triché. Et je vais faire en sorte que tu ne triches plus. Dès ce soir, j’irai voir le proviseur et je te ferai renvoyer de ce lycée

- Non !

Eddie repoussa violemment le professeur. Celui trébucha en reculant. Sa tête heurta le coin de son bureau. La dernière chose que vit Henry Blake, professeur de lettres au lycée de Bayfield, ce fut une sorte d’éclair et le regard terrifiant de son élève. Puis il s’écroula, mort.

- Non, je n’ai pas triché.

Le jeune garçon remit sa copie au milieu de celles de sa classe, remit un peu d’ordre dans le bureau et sortit en prenant bien soin d’essuyer la poignée de la porte. Puis il prit son vélo et se rendit au bord du lac.

Des pépiements impatients sortirent Eddie de sa torpeur. Il ouvrit les yeux. Une volée de moineaux attendait à ses pieds. Eddie sortit un morceau de pain de son sac et l’émietta

- Désolé mes amis. Je vous ai fait attendre. Jason ? Tu es là ?

- Oui, bien sûr

- Je me sens bizarre

- Normal. Tu as dormi un peu en arrivant ici. Tu ne t’en souviens pas ?

- Non. A vrai dire, je ne me souviens plus de ce que j’ai fait depuis la fin des cours

- Ce n’est pas grave Eddie. C’est la fin du trimestre et tu es fatigué.

- Tu as sûrement raison.

En arrivant au lycée, le lendemain matin, Eddie fut surpris de voir des policiers partout. Il s’approcha de Mary.

- Que se passe-t-il Mary ?

- C’est Monsieur Blake. On l’a retrouvé mort dans son bureau.

- Ah bon ? On sait ce qui est arrivé ?

- Non, pas vraiment.

Eddie crut se souvenir qu’il avait rencontré son professeur la veille. Il interrogea Jason

- Tu ne m’as pas fait faire de bêtise au moins ?

- Moi ? Je t’ai dit que je ne faisais jamais d’erreurs

- C’est vrai, tu me l’as dit. Mais il me semble pourtant que j’ai vu Monsieur Blake hier soir…

- Ta mémoire te joue des tours, Eddie. Hier soir, tu es sorti du lycée et tu as fait une bonne sieste au bord du lac…

- Oui, tu as raison, j’avais oublié.

- Heureusement que je suis là. Ne t’en fais pas, tout ira bien.

Quand les policiers les y autorisèrent, les élèves entrèrent en cours. Eddie passa une bonne journée mais il se posait pas mal de questions. Il avait beau fouiller sa mémoire, il n’arrivait pas à se souvenir précisément de ce qu’il avait fait la veille. Et pourquoi Jason lui avait-il dit de ne pas s’inquiéter ? Tout cela lui paraissait bien étrange et inquiétant.

L’enquête sur sa mort conclut vite à un accident et les obsèques du professeur Blake eurent lieu trois jours plus tard. Eddie avait oublié son malaise et il y assista comme la plupart des élèves du lycée. En sortant du cimetière, il aperçut Chris Matford en discussion avec Mary. Ils avaient l’air de se disputer et Mary finit par le gifler avant de s’en aller. Matford resta un moment planté là, puis disparut à son tour. Quand Eddie rejoignit la jeune fille pour le déjeuner, il était mal à l’aise et resta silencieux.

- Que se passe-t-il Eddie ? Tu n’as pas décroché un mot depuis que tu es là

- Je t’ai vue discuter avec Chris tout à l’heure…

- Oui et je l’ai giflé !

- Je l’ai vu aussi. Qu’est ce qu’il t’avait fait pour que tu mettes en colère à ce point ?

- Il me disait du mal de toi. Et puis ce mufle m’a fait des avances. Je n’ose même pas te répéter ce qu’il m’a dit. Mais c’est toi que j’aime Eddie et personne d’autre.

- Je sais et je t’aime moi aussi.

Ils s’embrassèrent tendrement tandis qu’une volée de moineaux se posait à leurs pieds en pépiant joyeusement. Les deux jeunes gens passèrent un long moment enlacés Jason se retira discrètement de l’esprit d’Eddie.

A la sortie des cours, en allant récupérer son vélo, Eddie surpris une conversation derrière la haie qu’il longeait. Il reconnut tout de suite les voix de Chris Matford et de Peter Franck.

- Mary t’a bien envoyé balader ce matin

- Ouais. Mais cette petite garce va me le payer

- Comment ?

- Ecoutes. Tous les samedis, elle monte à Bendon Hill, dans la cabane de chasse de son père. Demain, on va aller y faire un tour tous les quatre et s’amuser un peu. On va lui montrer ce que c’est que des vrais mecs.

- Et Eddie ?

- On s’occupera de lui plus tard. Mais ce petit con ne perd rien pour attendre. Il va prendre un raclée qu’il ne sera pas prêt d’oublier.

Les deux garçons se séparèrent. Derrière la haie, Eddie sentit son cœur se serrer. Mary était en danger et il avait parfaitement compris les intentions de Chris.

- Tu as entendu Jason ?

- Oui. Ca pue. Ces mecs sont de sacrés salopards.

- Mary, ils vont lui faire du mal. Il faut que je la prévienne…

- Non ! Laisse Mary en dehors de tout ça. Le moment est venu Eddie. Celui de me faire totalement confiance.

- Que vas-tu faire ? Tu n’es qu’une voix…

- Ne sous-estime pas mes pouvoirs Eddie. Laisse-moi faire. Je te jure qu’il n’arrivera rien à Mary et qu’il ne t’arrivera rien. Et si tu veux savoir ce que je compte faire… Eh bien, je vais juste persuader Chris qu’il se trompe, comme je t’ai persuadé que tu pouvais y arriver et comme je t’ai donné le courage de parler à Mary.

- Tu me rassures.

- Aies confiance en moi, c’est tout ce que je te demande. Vas au bord du lac, voir tes amis les oiseaux et ne pense plus à tout ça, je m’en occupe.

Eddie se rendit au lac puis rentra chez lui. Il passa une mauvaise soirée. Cent fois, il faillit appeler Mary mais à chaque fois, il repensa à ce que lui avait dit Jason. Après avoir tourné un long moment dans son lit, il finit par s’endormir.

Il se leva tôt le lendemain matin. Stella en fut toute étonnée.

- Tu es bien matinal Eddie.

- Je crois que je vais aller faire une longue balade du côté de Bendon Hill. Oncle Bart, peux-tu me prêter tes jumelles ?

- Bien sûr mon garçon. Mais Fais-y très attention, j’y tiens beaucoup.

- Promis !

- Va t’habiller Eddie. Je te prépare des sandwiches et une gourde d’eau

- Merci tante Stella.

Eddie remonta dans sa chambre. Quelques minutes plus tard, il enfourchait son vélo après avoir glissé les jumelles et son casse-croûte dans son sac ainsi que son lance- pierres. Ceux qui le croisèrent ce matin là furent surpris par ce garçon étrange qui pédalait comme un fou. S’ils avaient pu l’observer un peu mieux, ils auraient été terrifiés par son visage figé par un étrange rictus et ses yeux fixes et brillants de colère.

La route qui montait à Bendon Hill serpentait, à flanc de colline, surplombant le lac supérieur. Eddie s’arrêta dans un virage. L’endroit était dégagé, surplombant un petit ravin et on avait une large vue sur la route, en contre bas. Eddie grimpa sur le talus et se dissimula derrière un fourré, s’assurant que lui et son vélo étaient invisibles depuis la route. Il sortit les jumelles de son sac. Il entendit bientôt un bruit de moteur. Dans ses jumelles, il vit Mary qui, sur sa moto, montait rejoindre la cabane de chasse de son père. Eddie se fit tout petit derrière son fourré lorsqu’elle passa à sa hauteur puis il reprit sa surveillance. Une heure plus tard, il vit dans ses jumelles la voiture de Chris qui grimpait vers lui. Il attrapa son lance-pierres…

Chris, le coude sur la portière conduisait sa Plymouth décapotable dans les lacets tout en plaisantant avec ses trois amis. Le lecteur de cassettes, poussé à fond, braillait « New kid in town », une chanson des Eagles. Chris pensait à Mary. Cette petit garce l’avait repoussé et giflé. Il allait lui montrer qui il était. On n’envoyait pas balader Chris Matford comme ça. Quant à ce morveux d’Eddie, il en faisait son affaire. Et peu lui importait cette voix qui, depuis la veille, lui disait de renoncer à son équipée.

La pierre heurta le pare-brise juste sous le nez du conducteur et y dessina une étrange étoile. Surpris, Chris donna un coup de volant. La voiture fit une embardée et partit en tête- à – queue. Après avoir défoncé la barrière, elle plongea dans le ravin en amorçant une vrille.

De sa cachette Eddie vit Peter Franck se faire éjecter du véhicule. Il y eut un grand bruit de ferraille et puis plus rien, juste un silence pesant et inquiétant. Eddie s’assura qu’aucune voiture n’arrivait et sortit de derrière le fourré. Il chercha du regard et finit par trouver un passage pour descendre dans le ravin.

Peter gisait au pied du rocher sur lequel il était tombé. Ses cervicales brisées ne soutenaient plus ce qui restait de son crâne. Eddie lui jeta à peine un regard et s’approcha de la voiture. Jerry Summers avait lui aussi été éjecté et la voiture était retombée sur lui. Eddie aperçut une main qui devait appartenir à Tom Welling. Elle dépassait, inerte, de la carcasse. Coincé sous la voiture, Chris Matford était encore en vie. Eddie s’approcha de lui.

- Aide- moi Eddie ! S’il te plait

Mais il se tut en voyant le visage terrifiant d’Eddie. Sa bouche, déformée par un étrange rictus, lui donnait un sourire démoniaque. Ses yeux étaient fixes, terriblement noirs et pourtant brillants de haine.

Eddie se recula. En passant vers l’arrière de la voiture, il s’arrêta et se retourna vers Chris.

- Tu n’aurais pas dû Chris. Il ne fallait pas t’en prendre à Mary. Je t’avais pourtant prévenu….

Il sortit une boite d’allumettes de sa poche et en craqua une.

- Non ! Eddie ! Je m’excuse Eddie ! Ce n’étaient que des blagues de gamin !

- Vas en enfer, Chris !

Eddie jeta l’allumette dans la flaque d’essence qui avait coulé près du véhicule qui s’embrasa aussitôt puis, sans se retourner, il entreprit de remonter sur la route. Chris hurla en tentant de se dégager. Puis la voiture explosa et les flammes l’enveloppèrent.

Eddie traversa la chaussée et reprit son vélo. Plutôt que de redescendre par la route, il décida de prendre un sentier forestier. Il se retourna une dernière fois. Une colonne de fumée noire montait du ravin et une voiture arrivait. Le jeune garçon quitta les lieux.

Quand il se réveilla, un rayon de soleil éclairait son visage à travers les arbres. Sa joue commençait à chauffer et Jason l’appelait

- Eddie ! Réveilles-toi ! Tu vas choper une insolation mon garçon

- Jason ? Vache ! Je me suis fait une sacré sieste on dirait

- Ouaip ! Ca fait un moment que j’essaie de te réveiller.

- Je suis où là ?

- Dans la forêt de Bendon Hill

- Ah oui, c’est vrai.

- Tu sais quoi ? Tu devrais manger les sandwiches de ta tante et rentrer tranquillement.

- Ca c’est une idée

- T’ai-je déjà mal conseillé Eddie ?

- Non. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Au fait, Jason…

- Quoi ?

- Merci pour tout ce que tu fais pour moi

- Je suis là pour ça Eddie et tu le mérites, crois-moi. Bon appétit.

Eddie dévora les sandwiches et se remit en selle. Le chemin qu’il avait emprunté lui faisait faire un large détour pour rentrer à Bayfield et il en avait pour plus d’une heure avant d’arriver chez son oncle et sa tante. Bart et Stella étaient assis sous le porche lorsqu’il arriva, Eddie leur trouva l’air sombre

- Tiens, voilà notre randonneur. Tu as fait une belle balade fils ?

- Oui, oncle Bart. Et je t’ai ramené tes jumelles, intactes ! Merci de me les avoir prêtées.

- Pas de quoi. Mais Stella et moi étions inquiets. En fait, nous t’attendions même avec impatience. Assieds-toi mon garçon, j’ai à te parler.

- Qu’y a-t-il oncle Bart ?

- Tu es passé par la route de la corniche aujourd’hui ?

- Ce matin, oui, pour monter à Bendon Hill. Après, je suis passé par les sentiers forestiers pour le retour.

- Donc, tu n’as rien vu…

- Que se passe-t-il mon oncle ?

- Il y a eu un accident ce matin sur la route de Bendon Hill. Une voiture a plongé dans un ravin. Il y a eu quatre morts.

- Mince ! On sait qui c’est ?

- Chris Matford, Peter Franck, Tom Welling et Jerry Summers. Ils étaient en classe avec toi, je crois.

- Oui. Oh, Putain ! Tous les quatre, morts ?

- La voiture a pris feu. Je suis désolé mon garçon.

- Je peux téléphoner ? Je voudrais appeler Mary

- Bien sûr.

Eddie se précipita à l’intérieur et composa le numéro des Clark.

- Bonjour Madame Clark, c’est Eddie Wilson.

- Bonjour Eddie. Tu veux parler à Mary, je suppose. Je te la passe.

- Mary ? Tu vas bien ? Tu es au courant de ce qui s’est passé à Bendon Hill ?

- Oui. J’ai vu la dépanneuse sortir la voiture du ravin quand je suis rentrée et ma mère m’a raconté ce qu’ils ont dit à la radio. C’est affreux.

- Oui. C’était des enfoirés mais mourir comme ça…

- Eddie ! Je t’en prie ! Viens me voir. J’ai besoin que tu me serres dans tes bras.

- Je viens Mary. Je viens.

Il raccrocha le combiné. Soudain, une étrange sensation l’envahit, un doute affreux traversa son esprit.

- Jason, tu es là ?

- Oui.

- Que s’est-il passé à Bendon Hill ce matin ?

- Rien de plus qu’un stupide et dramatique accident.

- Que me caches-tu Jason ?

- Mais rien voyons ! Que vas-tu imaginer mon pauvre Eddie ?

- Rien. Tu m’avais dit que tu réglerais ce problème et je me pose des questions.

- J’ai juste essayé de dissuader Chris hier soir mais, manifestement, il ne m’a pas écouté. Il a voulu jouer avec le destin et il a perdu.

- Tu n’as rien fait d’autre ?

- Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire d’autre. Je croyais que tu me faisais confiance Eddie

- Excuses-moi Jason. Cette histoire m’a retourné.

- Je peux le comprendre. Je crois que tu es attendu, Eddie. Vas rejoindre Mary, elle a besoin de toi.

Eddie prit une douche et se changea puis il partit rejoindre Mary. La jeune fille se jeta dans ses bras. Il la serra contre lui et ils restèrent un long moment silencieux.

- J’ai eu peur pour toi Mary. Quand mon oncle m’a parlé d’un accident, là-haut sur la route, j’ai pensé à toi.

- Oh Eddie. Reste avec moi, ce soir, s’il te plait

- Je resterai Mary. Je veux toujours rester près de toi.

Eddie téléphona à sa tante pour l’avertir qu’il ne rentrerait pas diner et qu’il rentrait sûrement tard. Après le repas chez les Clark, les deux jeunes gens firent une longue promenade puis revinrent chez la jeune fille. Ce soir- là, ils firent l’amour, pour la première fois.

On enterra les quatre garçons le mercredi suivant. Au cimetière, le pasteur entreprit de faire l’éloge de Chris Matford. Jason ricana.

- Ouais, un brave type ce Chris. Et un sacré enfoiré !

- Jason !

- Tu ne vas tout de même pas me dire le contraire ?

- Sûrement pas ! Mais pas ici et pas maintenant.

- Ok, je vois. Respect et recueillement. Foutaises tout ça ! De l’hypocrisie pur jus !

- Tu ne crois pas en Dieu, Jason ?

- Pfff ! Ton Dieu est un amateur, même à côté de moi. On pourra en parler, si tu veux

- On en parlera… Plus tard

Les semaines passèrent et la fin de l’année scolaire arriva. Mary et Eddie obtinrent leur diplôme de fin d’études avec une mention. Eddie avait obtenu une bourse et tous deux s’inscrirent à l’université de Madison pour y faire des études de droit. Eddie devait aller chez ses parents pour le mois de Juillet. Il était prévu qu’en Août il partirait en vacances en Floride, avec les Clark. La veille de son départ, Mary l’emmena à Bendon Hill. Avant de rentrer, il lui tendit un paquet cadeau.

- Tiens, comme je ne serai pas auprès de toi pour ton anniversaire, je te le donne maintenant.

Il ouvrit le paquet. Il contenait un téléphone portable. Un de ces nouveaux appareils qui fonctionnaient grâce aux satellites.

- Mary, je… Je ne sais pas quoi dire. Merci

- Comme ça, tu pourras m’appeler quand tu voudras. Mes parents m’ont offert le même pour mon diplôme. J’ai noté ton numéro et le mien est mémorisé dans l’appareil

- Tu es folle Mary. Moi, je n’ai rien à t’offrir…

- Chut ! Reste toujours le même, Eddie. C’est le plus beau cadeau que tu puisses me faire.

Eddie passa tout le mois de juillet dans la ferme de ses parents. Grâce aux leçons de conduite d’Oncle Bart, il passa son permis de conduire. Il aidait son père dans ses travaux et passait de longues soirées auprès de sa mère et de sa grand-mère à qui il racontait sa vie à Bayfield. Et lorsqu’il téléphonait à Mary, les deux femmes se regardaient en souriant.

Le matin de son départ, lorsqu’il arriva dans la cuisine, il fut surpris de voir son père en tenue de travail. D’habitude, lorsqu’il amenait son fils à la gare, Monsieur Wilson mettait un costume.

- Papa, tu sais que je pars aujourd’hui et que mon train est dans une heure.

Monsieur Wilson se leva, prit son fils par l’épaule.

- Et tu es pressé de retrouver ta petite Mary ! Viens par- là Fiston, j’ai une surprise pour toi.

Suivi de sa mère et de sa grand-mère, Eddie accompagna son père jusqu’à la grange. Monsieur Wilson ouvrit les portes. Une superbe Chevrolet blanche trônait au milieu du bâtiment. Eddie sentit les larmes lui monter aux yeux. Il savait trop les sacrifices que cette voiture avait coûtés à ses parents.

- Elle est à toi, Fiston. Comme ça, tu pourras promener ta jolie Mary…

- Et venir nous voir plus souvent !

Eddie embrassa ses parents et sa grand-mère. Il était heureux. Et Mary allait avoir une sacré surprise ! Il prit la route une heure plus tard.

- Ben dis-donc, jolie caisse !

- Ouais, t’as vu ça Jason ? Je crois que Mary va être épatée. Si tu savais comme j’ai hâte de la revoir.

- Je le sais ! Et je sais aussi que t’as pas seulement envie de lui dire des mots doux, mon coquin. Mais, prudence Monsieur Eddie Wilson, prudence.

Une heure plus tard, Eddie gara sa voiture devant la maison des Clark. Le père de Mary tondait sa pelouse…

- Bonjour Monsieur Clark

- Bonjour Eddie. Mais… Fichtre ! J’en connais une….

- Eddie !

Mary venait de sortir de la maison et se précipitait vers lui. Elle se jeta dans ses bras et l’embrassa longuement. Puis elle s’extasia devant la Chevrolet et insista tellement qu’Eddie finit par l’emmener faire un tour.

Les vacances en Floride furent pour les deux jeunes amoureux, un moment de bonheur. En septembre, ils partirent pour l’université. Ils travaillèrent dur pendant trois ans pour obtenir leurs diplômes. Eddie trouva vite un travail dans une banque. Mary, qui était enceinte, décida d’attendre un peu et ils se marièrent. La fête chez les Clark fut magnifique.

- Hmm, je ne voudrais pas casser l’ambiance mais je vais devoir m’éclipser

- Pourquoi Jason ? On formait une belle équipe tous les deux

- Mon travail auprès de toi est terminé. Je t’ai remis sur les rails mon pote. Te voilà marié à une jeune femme exquise, tu as un boulot et tu seras bientôt papa. Et surtout, tu as repris confiance en toi. Que pourrais-je faire de plus ?

- Me dire ce qu’il s’est vraiment passé, il y a trois ans, sur la route de Bendon Hill.

- Il ne s’est rien passé. Juste un accident

- Soit. Tu reviendras ?

- Je ne crois pas. Prends soin de toi Eddie. T’es un chic type

- Merci, Jason. Merci pour tout. Jason ?

**********

La salle du conseil était éclairée par des torches. Debout au milieu de la pièce, Jason faisait face au Grand Maitre et aux autres sages.

- Alors Jason ? Avez-vous réussi cette mission ?

- Oui, Maitre. Le jeune Eddie est maintenant heureux et bien dans sa vie.

Un des sages intervint :

- Une réussite qui a tout de même coûté cinq vies !

- Le professeur était un obstacle à la réussite de ma mission. Quant aux quatre autres, je n’ai fait que les empêcher de commettre un crime, voire même deux crimes odieux, ce qui, il me semble, fait partie des devoirs que le conseil nous impose.

- Et j’ajoute que Jason a agi avec mon plein accord, Messieurs.

- Mille excuses, je l’ignorais, Maitre.

- Bien. Jason je vous félicite. Allez- vous reposer. Vous aurez bientôt une nouvelle mission.

Jason s’inclina et se retira.

Quelques mois plus tard, Mary mit au monde un petit garçon. Eddie décida de l’appeler Jason.

Rédigé par LIOGIER François

Publié dans #NOUVELLES

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