NOUVELLE: LE CARREFOUR DE L'ARBRE MORT

Publié le 14 Avril 2013

Timothy »Skully » Wats marchait dans la poussière de Baxter Road. Depuis plusieurs jours, le soleil se faisait écrasant sur l’Iowa. Mais Skully ne sentait pas sa morsure. En fait, il ne sentait plus rien tant il avait mal. Il titubait sur le bitume surchauffé. Il avançait lentement et chaque pas était une montagne de souffrance qu’il lui fallait gravir. Son bras gauche n’était plus qu’une bouillie du tissu de sa veste et de chair et pendait le long de son corps. Son visage était un masque de terreur et quelques bulles rougeâtres sortaient entre ses lèvres déformées par un rictus de douleur. Il sifflait mais le sifflement ne venait pas de sa bouche mais du trou béant qu’il avait dans la poitrine. Skully essayait de se souvenir mais sa tête était vide. Il se souvenait juste du lapin s’enfuyant sous les myrthes et puis, plus rien… Il arriva enfin dans la grande rue d’Algona. Il était midi et la rue était déserte. Skully avança encore de quelques pas, essaya d’appeler à l’aide et s’écroula. La dernière chose que ses yeux croisèrent fut le regard incrédule d’un petit lézard gris.

Le docteur James Warner se servit un café et s’assit à son bureau, au premier étage du dispensaire d’Algona. Il bénit rapidement l’inventeur de la climatisation et s’attela à ses dossiers. C’était là ce qu’il aimait le moins dans son métier, mais en sa qualité de directeur du dispensaire, il devait se taper toute la paperasse. Sally, sa secrétaire faisait tout pour l’aider mais il était vite débordé. Il se mit à étudier les propositions concernant l’achat d’un nouvel appareil de radiologie. Tout lui paraissait extrêmement cher et il se demandait comment il allait pouvoir demander les fonds à l’administration du comté lorsque le téléphone sonna.

- Docteur Warner, j’écoute…

- Salut docteur, ici Bill Dexter.

- Qu’y – a- t- il pour votre service Sheriff ?

- Pouvez-vous me rejoindre sur Baxter Road, au niveau de la droguerie ? La personne en question est morte mais si vous pouviez faire vite…

- J’arrive.

Il prit sa trousse d’urgence et monta dans sa voiture. Quelques minutes plus tard il se garait dans la rue. Il aperçut le corps allongé sur le goudron et le sheriff s’approcha de lui.

- C’est Skully. Je vous préviens, c’est pas beau à voir.

Warner enfila sa combinaison. Pas beau à voir, avait dit Dexter. Mais lui, il avait servi au Vietnam, il avait vu des corps déchiquetés par les mines, soigné des enfants brûlés au napalm. Alors il avait l’habitude. Il tenta en tout cas de s’en convaincre sur les dix mètres qui le séparaient du corps mais il ne put s’empêcher d’avoir un haut-le-cœur en arrivant près du cadavre. Il fit les premières constatations et demanda à ce qu’on emporte le corps à la morgue. Dexter s’approcha de lui.

- Alors docteur ?

- Je vous en dirai plus après l’autopsie mais c’est effrayant et impressionnant, on dirait qu’on s’est acharné sur lui.

- Mes hommes ont suivi les traces de sang. Il venait de là-haut, du carrefour. Skully était un brave type et si le salopard qui a fait ça me tombe entre les pattes…

- Je vais commencer l’autopsie tout de suite, sheriff. Je vous tiens au courant.

Dans ce coin reculé de l’Iowa, Warner assurait également la fonction de médecin légiste, une spécialité à laquelle il s’était formé auprès d’un des plus grands, à New-York. Il enfila ses gants et sa blouse et ouvrit la housse noire. Comme beaucoup de ses confrères, il parlait à ses « patients » de la morgue. C’était une façon pour lui d’oublier la mort, de passer outre les blessures terribles et de traiter, respectueusement, ceux qui venaient pour leur dernière consultation. Warner connaissait Skully depuis des années. Ancien du Vietnam, lui aussi, il s’était retrouvé à la rue et avait échoué à Algona où il vivait de petits boulots dans les fermes des environs. C’était un brave type et tout le monde l’appréciait.

- Alors, mon pauvre Skully. Racontes-moi ce qu’on t’a fait.

Warner commença par déshabiller le corps en découpant les vêtements. Puis il entreprit de dégager tous les morceaux de tissu mélangés à la chair du bras. Tout en faisant cela, il examina la blessure et fut horrifié de ce qu’il découvrit. Il préleva un peu de la matière visqueuse répandue sur la plaie et qu’il retrouva aux abords du trou dans la poitrine. Un trou monstrueux, aux bords irréguliers. Il avait dû être fait avec une violence inouïe, les côtes étaient brisées net et les poumons déchiquetés. Warner termina son travail et nettoya soigneusement le corps avant d’appeler Dexter.

- Vous pouvez passer me voir Sheriff ?

- Je suis là dans cinq minutes.

Dexter fut bientôt à la morgue.

- Vous avez fait vite toubib.

- Oui. La mort de ce pauvre Skully est due à ses blessures, vous vous en doutiez, mais, c’est de ces blessures dont je veux justement vous parler.

- Comment ça ?

- D’abord, le trou dans sa poitrine Vous voyez comme il est irrégulier. On dirait qu’il a été fait par une sorte de harpon. Sauf que celui qui aurait pu manipuler un harpon de cette taille et avec une telle violence doit être deux fois plus grand et plus costaud que nous.

- Vous êtes sûr ?

- Certain. J’ai également passé un long moment à travailler sur le bras de Skully, pour le nettoyer et j’y ai découvert une chose surprenante. Observez bien les os, Dexter.

- Ils sont brisés en petits morceaux…

- Mâchés ! Pas brisés mais mâchés. Et par une mâchoire très puissante.

- Vous pensez que c’est un animal qui a fait ça ?

- Peut-être. Mais ce qui est étrange, c’est que je n’ai pas trouvé de traces de griffures ou d’autres morsures. Cette blessure peut aussi avoir été causée par une machine, une dépiqueuse ou quelque chose de ce genre.

- Je vois. Nous voilà avec bien peu d’indices. J’ai lancé une recherche pour savoir si Skully avait encore de la famille. Si ce n’est pas le cas, le maire m’a dit que la ville prendrait les frais en charge.

- Difficile de faire moins. Je suis d’accord avec vous, c’était un brave type. Je vais approfondir mes examens, tant qu’il est là. Je vous informe si je trouve autre chose.

Warner se rendit dans son petit laboratoire et commença à analyser la matière visqueuse qu’il avait trouvée sur le corps de Skully. C’était une sorte de pâte translucide, collante et épaisse et elle dégageait une odeur nauséabonde. Il la repartit dans plusieurs éprouvettes et commença ses différents tests. Il passa plusieurs heures à travailler, chauffant ses tubes sur le bec Bunsen, mélangeant des réactifs, observant méticuleusement les réactions. Ce qu’il découvrit lors d’une expérience et la conclusion à laquelle il arriva le pétrifièrent. Non, ça ne pouvait pas être ça ! Il avait dû se tromper. Il refit l’expérience et obtint pourtant le même résultat. Il nota scrupuleusement ce qu’il venait de découvrir, et rassembla ses notes dans sa sacoche. Tant qu’il n’était pas sûr, il valait mieux éviter qu’un laborantin tombe là-dessus. Warner rentra chez lui mais, le lendemain matin, à la première heure, il passa au laboratoire, prit des échantillons de la substance, et partit en voiture après avoir laissé un mot à sa secrétaire pour l’informer qu’il serait un peu en retard. Il prit la route de Mason City. A l’hôpital, il se rendit directement au laboratoire d’analyses. Will, le responsable, était un vieil ami. Warner lui confia les échantillons et un mémo dans lequel il avait consigné le résultat de ses expériences. Il demanda à son ami de faire le plus vite possible et celui-ci lui promit les résultats pour le lendemain. Warner rentra à Algona et repris son travail et ses consultations.

Le carrefour entre la route 35 et Baxter Road était situé au sommet d’une colline, à l’est d’Algona. Peu de gens descendaient vers la petite ville. Pour aller à Algona, il fallait y vivre ou avoir quelque chose à y faire. C’était un vaste plateau où seuls poussaient les myrthes et quelques hêtres. Il y avait un abri pour les passagers des bus de la Greyhound et juste en face, à quelques mètres de la route, le squelette d’un immense séquoia qui avait donné son nom à l’endroit : Le carrefour de l’arbre mort. Il l’était depuis longtemps mais ses vieilles branches résistaient à toutes les tempêtes et aux sécheresses et il se dressait comme un phare au-dessus de la petite ville.

La voiture s’arrêta juste à côté de l’abri-bus. Le conducteur coupa le moteur et Skeeter Davis se tut. Le jeune homme et la jeune femme descendirent et observèrent longuement les lieux puis, ils sortirent une couverture et un panier de pique-nique du coffre et s’enfoncèrent au milieu des myrthes en direction de l’arbre mort. Le sheriff Dexter trouva la Studebaker en faisant sa patrouille, en fin d’après- midi. Il s’arrêta et fit le tour du véhicule. Il était fermé. Il appartenait sûrement à des randonneurs qui n’allaient pas tarder à rentrer. Dexter remonta dans sa voiture et rentra. Mais le lendemain matin, la Studebaker était toujours là. Intrigué, Dexter en fit de nouveau le tour puis, traversant la route, il prit le sentier qui s’enfonçait au milieu des arbrisseaux. Il arriva au pied du grand séquoia et trouva la couverture et le panier de pique-nique. Le repas n’avait pas été touché. Il ramassa les affaires et après un dernier coup d’œil, repartit vers la route, sans voir ce qui se passait vraiment derrière lui. Il appela par radio pour qu’on envoie une dépanneuse et rameuter ses collègues…

Warner enchainait, au même moment, les consultations. Il raccompagnait un de ses patients lorsque le téléphone sonna.

- Oui Sally ?

- Vous avez le labo de Mason City sur la ligne deux.

- Merci.

Il manipula son téléphone et bascula sur la ligne deux

- Salut Will ! Je t’écoute.

Lorsqu’il raccrocha, James Warner était livide. Ce que venait de lui dire son ami confirmait ses craintes. La matière qu’il avait trouvée sur le corps de Skully était une sorte de suc digestif, composé d’un dérivé d’acide formique. Algona avait un problème. Un énorme problème.

Dexter avait appelé en renfort les pompiers de la ville et quelques fermiers. Il organisa les recherches et, par groupe de deux, les hommes s’enfoncèrent dans les myrthes, s’éloignant du séquoia en cercles concentriques. Ils poursuivirent les recherches toute la journée, aidés par des chiens mais personne ne trouva quoique ce soit sur le ou les occupants de la Studebaker. Lorsque le jour tomba, Dexter arrêta les recherches, demandant à ce qu’on les reprenne le lendemain et il se rendit au garage. Tom, le mécano, lui ouvrit la voiture. Dexter y trouva les papiers et les affaires d’un jeune couple de Des Moines. Il avait donc affaire à deux disparitions ou… A un double meurtre ! Il revit le corps martyrisé de Skully et pria pour que les deux jeunes gens se soient simplement égarés. Puis il se rendit au bar où il trouva Warner accoudé au comptoir.

- Bonsoir Docteur.

- Bonsoir Dexter. Que s’est-il passé aujourd’hui ? Sally m’a dit qu’elle avait vu les pompiers monter vers le carrefour et vous avez l’air vidé.

- Une sale affaire. Deux jeunes qui ont disparu. On a cherché toute la journée et on n’a rien trouvé. Après ce qui est arrivé à Skully, ça m’inquiète beaucoup. Et vous ? Vous avez du nouveau ?

Warner décida de se taire. Son ami à Mason City devait encore faire des tests complémentaires. Mieux valait être prudent sur ce qui lui paraissait être une histoire complétement folle et l’endroit était plutôt mal choisi pour de telles révélations...

- Non. J’ai envoyé des échantillons à Mason City et je n’ai pas encore les résultats. Vous voulez une bière, Bill ? Vous permettez que je vous appelle Bill ?

- Oui. Depuis le temps qu’on se connait vous et moi. Alors, d’accord pour la bière, James.

Warner sourit et commanda une bière. Les deux hommes discutèrent longuement. Warner raconta le Vietnam au jeune sheriff. Cela lui faisait de bien d’en parler et lui permettait d’exorciser quelques peurs et quelques fantômes. Ceux de ses camarades des marines, auprès desquels il avait été affecté dans un coin perdu à une centaine de kilomètres de Saigon. Il avait été leur médecin, leur chirurgien, leur psychiatre aussi quand les combats, la mort des camarades ou la gravité d’une blessure se faisaient trop durs à supporter pour ces jeunes garçons qu’on envoyait à la boucherie, dans le meilleur des cas, en enfer pour les autres.

Il sortit du pub et croisa Sally qui sortait du cinéma. Il la trouva terriblement sexy dans sa petite robe blanche et se promit de le lui dire dès le lendemain en pensant qu’il aurait dû le faire depuis longtemps…

Les recherches du lendemain ne donnèrent rien. Dexter émit un avis de disparition pour la police du comté et celles des comtés voisins et rédigea un rapport pour la police de l’état. Cette affaire l’inquiétait beaucoup. Il ne se passait pas grand-chose à Algona et, d’habitude, son travail se limitait à dresser des contraventions ou à séparer les belligérants quand il y avait des bagarres au bar. La mort violente de Skully et cette double disparition ne lui disaient rien de bon. Il y avait peut -être un tueur ou un animal fou, là- haut dans les collines, ou les deux… Et avec seulement deux assistants, il ne pouvait pas assurer la surveillance serrée de tout le territoire dont il avait la charge. Il passa le reste de la soirée à rédiger un avis pour la population.

Le randonneur avait laissé son camping- car à Spencer. Il avait marché toute la journée et avait prévu de bivouaquer près d’Algona avant de poursuivre sa route vers Fort Dodge. Mais en arrivant près du carrefour, il vit le ciel se couvrir de gros nuages noirs. Après toute cette chaleur, les orages étaient prévisibles. Il eut le temps de s’asseoir sous l’abri- bus et de remercier la Greyhound avant les premières gouttes de pluie. L’orage fut violent, comme bien souvent dans ce coin de L’Iowa et à cette saison. Le randonneur vit la foudre s’abattre sur le vieux séquoia. Il vit l’arbre trembler et son sommet se fendre. L’orage finit par passer. Le randonneur remit son sac sur son dos. Il allait descendre vers Algona lorsqu’il entendit des craquements derrière lui. Il se retourna. Agité de soubresauts, le grand arbre était en train de se reconstituer et la blessure à son sommet se refermait. Intrigué, le randonneur traversa la route et s’approcha…

Le sheriff Dexter était à son bureau et finissait quelques rapports en retard lorsque le fax se mit à crépiter. Dexter se saisit de la feuille et la lut, médusé. Le sheriff de Spencer, une petite ville à l’ouest d’Algona, lui signalait la disparition d’un randonneur qui devait se rendre à Fort Dodge et lui demandait de faire quelques recherches. Dexter décrocha son téléphone et appela son collègue. Il apprit que le randonneur devait rejoindre des amis qui, ne le voyant pas arriver, avaient signalé sa disparition. Le randonneur avait prévu de passer la nuit à Algona. Dexter répondit qu’il ne l’avait pas vu et promis de faire des recherches de son côté. Il raccrocha et envoya ses assistants en patrouille en leur demandant de suivre les chemins de randonnée puis il prit sa voiture et se rendit au dispensaire.

- Que se passe-t-il, Bill ?

- Encore une disparition, James.

- Quoi ?

- C’est un randonneur, cette fois-ci. Le sheriff de Spencer vient de m’avertir.

- Et vous pensez qu’il a disparu par ici ?

- Ce n’est pas impossible. J’ai envoyé des patrouilles. Si ça se trouve, il s’est juste perdu mais je suis très inquiet.

Warner dissimula discrètement le fax que venait de lui envoyer son ami de Mason City. Un fax qui confirmait ses craintes. Dexter était un homme intelligent mais il ne comprendrait pas ce que le médecin imaginait. Il allait devoir agir seul.

- Vous devriez peut être recommander aux gens de ne pas trop se balader dans les environs, Bill.

- Vous avez raison. Je vais rédiger un avis que je vais distribuer partout.

Dexter partit. Warner se saisit du fax qu’il avait reçu juste avant l’arrivée du sheriff et l’étudia avec attention.

S’il a conçu des calculateurs capables d’effectuer des milliers de calculs à la seconde, le cerveau humain n’en reste pas moins une formidable machine. Ses connections électriques sont des milliards de fois plus complexes que celles des plus puissant micro- processeurs. Il est capable de piloter, tout à la fois, la gigantesque usine qu’est le corps humain, de gérer la respiration, les battements d’un cœur, la subtile chimie des hormones, de réparer les pannes et les blessures et, en même temps, de penser, de chercher et de trouver des solutions aux problèmes les plus difficiles. Le cerveau de James Warner tournait, à ce moment- là, à plein régime. Le rationnel et l’irrationnel se chamaillaient violemment. Le second croyait à l’existence d’un être monstrueux, le premier lui opposait tous les arguments scientifiques qu’il pouvait mais finit par céder. Oui il y avait un monstre. Mais une question restait toutefois en suspens dans l’esprit de Warner : Où se cachait-il ?

Le médecin regarda le soir tomber par la fenêtre de son bureau. Son regard s’arrêta sur la silhouette décharné du grand séquoia. Mais oui ! C’était là ! Tout venait du carrefour et de cet arbre mort. Warner décida qu’il en aurait le cœur net dès le lendemain et passa le reste de la soirée à préparer son sac. Le soleil se levait à peine lorsqu’il s’engagea sur Baxter Road. Il arriva au carrefour et observa longuement l’arbre avant de s’en approcher. Entre deux racines, il aperçut le trou. Il alluma sa lampe frontale et s’engagea, en rampant, dans l’étroit tunnel. Il déboucha dans une sorte de grotte formée par les racines de l’arbre. Il y faisait très chaud et l’odeur qui y régnait était pestilentielle. Warner vit, dans le faisceau de sa lampe, un objet brillant. Il le ramassa et fut stupéfait. C’était la montre de Skully. Le vétéran était donc venu là et y avait livré son dernier combat. Le médecin fourra la montre dans sa poche. Eclairant le sol de la grotte, Warner découvrit trois corps, ou plutôt ce qu’il en restait. C’était sûrement ceux des deux jeunes gens et du randonneur. Il n’étaient plus que des coquilles vides, des enveloppes de peau et de vêtements vidées de tout leur contenu et chacun avait un énorme trou dans la poitrine. Soudain, une voix métallique s’éleva et résonna dans la grotte.

- Bienvenue docteur Warner.

Il se retourna et fit face à l’apparition terrifiante qui se trouvait à l’entrée d’un tunnel, à l’autre bout de la grotte. Une sorte de cafard géant dont seule la tête parvenait à sortir de l’orifice.

- Vous n’avez pas l’air surpris docteur

- Je m’attendais à ça, à un monstre dans ton genre

- Comme je m’attendais à votre visite. Mais vous avez mis du temps à comprendre.

- J’en mettrai moins à te détruire, saloperie !

- Je vous trouve bien prétentieux docteur. Mais c’est vrai que vous êtes courageux, autant que ce type qui m’a échappé, il y a quelques jours…

- Je vais te faire payer ce que tu as fait à Skully et à ces trois-là.

- Vous ne m’échapperez pas, docteur. Et ensuite, je sortirai de ce trou pour me nourrir des habitants de cette ville. Je crois que je garderai la jolie Sally pour la fin. Il y a une question que vous ne m’avez pas posée, Warner : Comment ? Et avant de vous tuer, je vais vous donner la réponse. C’est vous, les humains qui m’avait fait, avec tous vos produits chimiques, vos engrais… Vous en avez tellement déversé dans cette vallée pour la rendre fertile. Et maintenant, James Warner, vous allez mourir.

Le médecin n’avait pas quitté des yeux la tête du monstre. Avant de partir au Vietnam, il avait reçu un solide entrainement militaire. Ses réflexes de marine étaient revenus et il était aux aguets. Le mouvement des mandibules du monstre fut imperceptible mais il le vit. Il s’écarta juste au bon moment pour éviter le dard hérissé de crochets qui avait jaillit de la gueule du cafard. S’habituant à la pénombre et sans quitter la bête des yeux, Warner observa la grotte et élabora sa stratégie. Il vit les mandibules bouger de nouveau et il se prépara à bondir. La bête poussa un grognement en manquant son coup. Le dard jaillit de nouveau, à plusieurs reprises. A chaque fois, Warner parvint à l’esquiver et continua à se déplacer le long de la paroi de la grotte. En la frappant, la lance monstrueuse faisait voler des éclats de bois. Le médecin arriva enfin à ce qu’il voulait. Il se trouvait à présent dans un recoin de la grotte, dans un angle mort où la bête ne pouvait pas l’atteindre. Celle-ci lança une nouvelle fois son dard qui alla se ficher entre deux racines. Le cafard géant poussa un terrible grognement et tenta de se dégager. Warner saisit l’occasion et sortit de son sac, un pistolet à fusées éclairantes, la seule arme qu’il avait trouvée chez lui. Il engagea une fusée au bout du canon et tira. Le projectile ricocha sur la carapace du monstre et alla se ficher dans la paroi de la grotte qui s’embrasa. Warner prépara une seconde fusée et ajusta son tir. Elle alla se planter entre deux écailles, juste sous l’épaisse carapace. Comme les citrouilles dans lesquelles on place une bougie, le soir d’Halloween, la bête s’éclaira, tel un monstrueux ver luisant quand la fusée éclata. Warner rampa vers la sortie de la grotte. Il tira une dernière fusée et, laissant son sac, il rampa dans le tunnel envahit par la fumée. Il s’affala sur le sol, toussant et peinant à reprendre son souffle. Il entendit le monstre pousser un cri terrifiant et une longue flamme jaillit du tunnel. Warner se releva et se mit à courir tout en se débarrassant de sa chemise en feu. Arrivé à la route, il se retourna et vit l’arbre s’embraser.

Assis sur le banc de l’arrêt de bus, le docteur Warner observait les pompiers qui finissaient d’éteindre le feu. Bill Dexter vint s’asseoir à côté de lui.

- L’ambulance arrive, James. On va vous emmener à L’hôpital de Mason City pour soigner vos brûlures.

- Merci, Bill

- James, que s’est-il passé ici, ce matin ?

- Si je vous le dit, ce n’est pas l’hôpital que vous allez m’envoyer, mais à l’asile. Tout ce que je peux vous dire, c’est que c’est ici que Skully a été attaqué et qu’ils étaient là, tous les trois.

- Vous parlez des trois disparus ?

- Oui. Ils étaient morts, Bill. Mais je les ai vus. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y aura plus de disparitions…

- Je comprends James. Voilà l’ambulance. Rétablissez-vous bien.

- Merci.

Quinze jours plus tard.

James Warner demanda au chauffeur de taxi de le déposer au carrefour. Il régla la course et descendit. Il regarda autour de lui. Sur ces conseils, le sheriff avait fait passer la zone au bulldozer. Il ne restait plus aucune trace du grand séquoia. Warner descendit Baxter Road et se rendit au dispensaire.

- Docteur !

- Bonjour Sally. Vous êtes ravissante ce matin.

Elle se jeta à son cou. A quelques kilomètres de là, un écureuil, à la recherche de nourriture passa près d’un séquoia. Il y eut un chuintement et il disparut…

Rédigé par LIOGIER François

Publié dans #NOUVELLES

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