NATALIA

Publié le 17 Juillet 2013

NEW YORK

La jeune femme entra dans le hall de l’hôtel. Ses talons claquèrent sur le marbre et tous les hommes assis dans le coin salon levèrent la tête de leurs journaux pour la regarder passer. Elle traversa le hall sans sourciller. Elle avait l’habitude de voir les hommes se retourner sur elle et de leurs regards qui s’attardaient sur son corps. Nombreux étaient ceux qui se seraient damnés pour passer ne serait-ce quelques instants avec elle, mais elle s’en moquait. La jeune femme s’approcha du comptoir, adressant son plus beau sourire au jeune employé rougissant.

- Bonjour Mademoiselle Lubowski.

- Bonjour. Y- a- t- il des messages pour moi ?

- Non, aucun, mais on a livré ceci pour vous.

Il lui tendit un bouquet de fleurs. Elle jeta un coup d’œil rapide sur la carte de visite. Un bouquet chaque jour, l’ambassadeur de Russie faisait vraiment bien les choses. Elle sourit et récupéra sa clé.

- J’aimerais qu’on ne me dérange pas.

- Nous ferons le nécessaire, Mademoiselle.

Elle prit l’ascenseur. Elle n’avait qu’une envie, se plonger dans un bain bien chaud. Arrivée dans sa suite, elle ôta ses chaussures, mit l’eau à couler et pris un jus de fruit dans le mini bar. L’ambassade lui avait réservé une des meilleures chambres de l’hôtel. Elle s’allongea sur son lit. Ces trois heures de répétition l’avaient épuisée. Son professeur de chant était exigeant, un vrai tyran qui ne lui pardonnait rien. Mais c’était le prix à payer pour faire carrière et se faire une place au soleil. Elle pensa, avec un petit sourire, à la jeune fille timide qui, quelques années plus tôt, avait passé les auditions du conservatoire de Moscou. Depuis, elle avait fait beaucoup de chemin. Dans deux jours, elle chanterait au Madison Square Garden devant un parterre de chefs d’états, pour le diner de gala des nations unies. Vladimir Poutine et Barack Obama seraient là, au premier rang pour l’applaudir. Après… Après, il y aurait la Californie et Youri... Tout était prêt. Elle se déshabilla et alla se plonger dans son bain.

Les deux hommes pénétrèrent sans bruit dans la suite et se postèrent de chaque côté de la porte de la salle de bains. La jeune femme chantonnait un air russe. Ils attendirent qu’elle sorte et lui bondirent dessus. Tandis que l’un d’entre eux la maitrisait, le second sortit une seringue de sa poche et en injecta le contenu dans le bras de la jeune femme. Elle sentit une douce chaleur envahir son corps puis son cerveau se mit à bouillir, elle fut prise de convulsions. Les deux hommes la regardèrent agoniser, fouillèrent la chambre et ressortirent. Ils quittèrent l’hôtel comme ils y étaient entrés, sans qu’on les remarque.

Natalia Lubowski, celle que l’on surnommait « La Callas russe », soprano promise à une magnifique carrière, ne chanterait plus jamais.

Jeremy Watson entra dans le bureau de son chef de groupe. Bill Huxley avait, pour une fois, abandonné son éternel cigare. Malgré les interdictions et les remontrances de sa secrétaire, il s’obstinait à fumer dans son bureau. Un homme en costume noir regardait par la fenêtre et se retourna à l’arrivée du jeune enquêteur.

- Salut Bill ! Oh ! Bonjour Monsieur le directeur.

- Salut Jimmy. Assieds-toi.

Le jeune homme pensa que pour que le big boss se déplace dans le bureau d’un chef de groupe, il avait dû arriver une énorme catastrophe.

- Monsieur Watson, que savez- vous de Natalia Lubowski ?

- C’est une jeune mais immense soprano, Monsieur. Et une très, très jolie femme…

- Epargnez-nous vos commentaires sur la plastique de cette jeune femme. Mademoiselle Lubowski a été retrouvée morte, ce matin, dans sa chambre du Waldorf Astoria.

- Mince !

- Comme vous dites. Cette histoire est très embarrassante pour notre pays. Cette jeune femme était notre invitée et devait chanter devant le président demain soir. Vous laissez tomber toutes vos affaires en cours et vous vous chargez de cette enquête, Watson.

- Mais, sauf votre respect, Monsieur…

- C’est un ordre ! Et je veux être tenu au courant de tout. Une dernière chose : Pour des raisons que vous devez ignorer, cette enquête doit être la plus discrète possible.

- Bien Monsieur.

Le directeur quitta le bureau.

- Navré, Jimmy. Je n’ai pas eu le choix. Prends ça comme une promotion.

- T’excuses pas Bill. Dis-moi plutôt ce que je ne suis pas sensé savoir sur cette fille.

- Je ne peux rien te dire, désolé.

- En clair, je me débrouille et surtout, je ne fais pas de vagues

- Ouaip ! C’est ça. Je crois que tu devrais commencer par la morgue.

- C’est bien ce que je comptais faire.

- Je t’ai fait envoyer le dossier par la messagerie interne. Evites de le laisser trainer. Moins il y aura de monde au courant de cette affaire, mieux ce sera.

- Je peux quand même bosser avec mon équipe ?

- Bien sûr. Mais, silence radio !

- On sera de vraies tombes !

- Tâche, en tout cas, de pas t’y retrouver. Cette histoire pue, crois-moi.

L’enquêteur quitta le bureau de son chef. Il avait beau être un spécialiste des affaires foireuses, il avait l’impression d’avoir, sur ce coup-là, tiré la mauvaise carte. Et Huxley ne l’aidait pas beaucoup. Watson rejoignit son bureau, récupéra le dossier dans sa messagerie et réunit son équipe. Une bande de jeunes loups, à peine sortis de l’adolescence mais bardés de diplômes et aux C.V. longs comme des jours sans pain. Pour mettre l’ambiance, il projeta un portrait de Natalia.

- Eh, Jimmy ! C’est ta nouvelle fiancée ?

- J’aurais bien aimé, Tom. Natalia Lubowski, vingt-huit ans, née et vivant à Moscou, on parlait d’elle comme de la nouvelle Maria Callas.

- Qui ça ?

- Si tu écoutais autre chose que Black Sabbath, tu le saurais, Will. Cette jeune femme était une chanteuse lyrique, une soprano. On l’a retrouvée morte dans sa chambre du Waldorf Astoria ce matin. A nous de trouver pourquoi.

- Qu’est-ce qu’on a ?

- Pas grand-chose, en fait. Apparemment, son décès crée des turbulences dans les hautes sphères et gêne beaucoup nos services. Discrétion et célérité, c’est ce qu’on nous demande. Trouvez tout ce que vous pouvez sur elle et faites-moi son profil. Moi, je vais à la morgue.

- Ok, chef. On se met au boulot. Allez, Will ! Allume tes machines infernales.

Jeremy Watson se rendit au parking. Puisqu’il fallait être discret, il décida de prendre sa voiture personnelle plutôt qu’un des gros 4X4 noirs qui se voyaient comme le nez au milieu de la figure. Il se faufila dans la circulation et prit la direction du centre- ville. Moins d’une heure plus tard, il se garait dans la cour de la morgue. Le gardien se précipita vers lui, l’œil menaçant. Il lui montra sa carte avec un petit sourire ironique et entra dans le bâtiment de briques. Il remonta le long couloir aux murs blanc jusqu’à la salle d’autopsie.

- Bonjour Docteur.

- Watson ! C’est à vous qu’on a donné l’enquête ?

- J’en ai bien peur. Vous allez devoir me supporter pendant quelques temps.

- J’ai survécu à pire.

Le légiste souleva le drap blanc. L’enquêteur resta sans voix. Même morte, rendue encore plus pâle par la lumière blafarde des néons, Natalia Lubowski était très belle. Le médecin soupira.

- Ah si toutes mes patientes pouvaient être comme ça….

- Docteur ! Vous avez une idée de la cause de la mort ?

- Overdose ! J’ai envoyé des prélèvements au labo pour savoir de quoi il s’agit.

- Elle se shootait ?

- Je ne crois pas. Je n’ai relevé qu’une seule trace de piqure sur sa peau. A moins que son premier trip n’ait été fatal, je pense qu’on lui a fait cette injection. Regardez les marques sur ses bras.

- Quelqu’un la tenait ?

- Et plutôt vigoureusement. Et maintenant, qu’est-ce- que je fais du corps ?

- Le FBI va s’occuper de ça avec l’ambassade. Prévenez Huxley quand vous aurez terminé.

- D’accord. Je vous tiens au courant dès que j’ai les résultats des analyses, Jimmy.

Le jeune enquêteur repris sa voiture et se rendit au Waldorf Astoria. Il monta dans la suite qu’avait occupée la jeune soprano. C’était sa façon à lui de démarrer une enquête. S’imprégner des lieux et essayer de reconstituer les derniers instants de la victime. Il fit le tour de la suite, nota la présence d’eau dans la baignoire, les vêtements posés sur le lit et le bloc d’alimentation encore branché. En l’observant de plus près, il pensa que ce devait être celui d’un ordinateur. Il choisit un fauteuil près de la fenêtre et s’assit. De là, il pouvait voir presque toute la suite. Les yeux mi-clos, il se mit à réfléchir. Il imagina deux hommes, entrant dans la chambre, agressant la jeune femme et lui faisant l’injection fatale avant de repartir en emportant l’ordinateur. Il sourit. C’était donc comme ça que les choses s’étaient passées. Mais pourquoi tuer la jeune femme ? On aurait pu lui voler son appareil discrètement pendant qu’elle était dans son bain. Il prit son téléphone.

- Will ! Sors-moi une liste de toutes les connexions internet depuis la suite 2043 du Waldorf, ces trois derniers jours. Je veux tous les détails, bien sûr.

- C’est comme si c’était fait !

SIBERIE ORIENTALE

La nuit était tombée sur le centre de recherches nucléaires. Youri Smetkine se glissa hors du bâtiment où logeaient les scientifiques et couru se mettre à couvert sous les arbres du parc. Quelques minutes plus tard, il arriva près des grilles. Il vérifia longuement qu’il n’avait rien oublié. Son passeport, un peu d’argent liquide et surtout la petite sacoche noire, son visa d’entrée aux Etats-Unis. Il traversa la zone boisée et se retrouva devant la clôture, juste devant le portillon. Il consulta sa montre. Si son ami du poste de commande était à l’heure, il lui restait deux minutes à attendre. Il garda les yeux fixés sur la trotteuse de sa montre qui égrenait les secondes, l’une après l’autre. A l’heure prévue, le bourdonnement du courant électrique dans le grillage cessa. Il y eut un déclic. Youri bondit sur le portillon avec toutefois un peu d’appréhension. Si le courant n’était pas vraiment coupé, il finirait carbonisé. Il franchit l’obstacle le cœur battant et le referma soigneusement derrière lui. Moins d’une minute plus tard, la barrière redevint un piège mortel pour celui qui oserait la toucher. Le jeune homme reprit son souffle et s’enfonça dans les bois. Deux heures ! Il allait devoir marcher pendant deux heures avant d’arriver au port d’Iamsk. Heureusement, on était en plein été. La nuit était claire. Il arriva à Iamsk juste à temps et sauta sur le chalutier qui appareillait. Dans deux jours il serait à Sapporo. Après ce serait l’avion, les Etats Unis et il retrouverait Natalia. Il prendrait enfin sa revanche sur ce colonel du FSB qui les avait séparés.

C’est dans un café de Moscou qu’ils s’étaient rencontrés. Lui finissait de brillantes études de physique et elle, encore au conservatoire, commençait à se faire un nom dans toute la Russie. Elle était belle et quand elle chantait, sa voix pure l’ensorcelait. Ils étaient vite tombés amoureux l’un de l’autre et tandis qu’elle commençait une carrière météorique, il avait obtenu un poste au bureau de la sûreté nucléaire. C’est au moment où ils envisageaient de prendre un appartement que ce colonel Dobrovni était arrivé à Moscou. Il avait jeté son dévolu sur Natalia qui l’avait repoussé. Si le FSB n’avait plus l’aura de son prédécesseur, le KGB, ses membres avaient encore beaucoup d’influence et de pouvoirs dans l’administration. Youri avait été muté d’office dans un centre de recherches ultra secret, à l’autre bout du pays. Natalia et lui avaient été séparés mais continuaient à s’aimer. Ils avaient prévu de se retrouver au Etats-Unis et de s’y installer.

Sur le pont du bateau, Youri serra un peu plus fort la petite sacoche noire qu’il avait emportée. Les américains attendaient avec impatience de découvrir son contenu. Encore quatre jours d’attente. Son contact en Californie lui avait promis un job, la nationalité américaine et la protection de la CIA pour tous les deux. Fini les hivers interminables de Sibérie ! Ils allaient vivre au soleil, peut-être acheter une maison au bord du Pacifique, fonder une famille. Le jeune homme eut un sourire en s’imaginant un barbecue entre amis, sur une plage enflammée par le soleil couchant. Le bateau accosta sur l’île de Sapporo, deux jours plus tard, comme prévu. Youri pris un avion pour Tokyo. Il y resta toute une journée puis s’envola vers la Californie…

NEW YORK

Les deux portoricains laissèrent leur voiture entre les containers. Il faisait nuit, le port s’était endormi. Quelques éclats de voix leur parvinrent des cargos à quai.

- Tu es sûr que c’est ici ?

- Oui ! Regardes, c’est là, bâtiment 142.

Ils entrèrent dans l’entrepôt. Ils se dirigèrent vers la lumière, tout au fond du bâtiment. L’homme qui les attendait était une sorte de colosse, un géant blond au regard froid et effrayant. Une mallette de cuir noir était posée sur la table qui le séparait des deux hommes.

- Bonsoir Señor ! Nous avons fait le travail

- J’ai vu. Vous avez récupéré ce que je vous avais demandé ?

- Si ! Le portable et l’ordinateur de la chica. Tout s’est passé comme prévu.

- Parfait ! Posez-les sur la chaise à côté de vous.

- Señor. Ce n’est pas pour vous offenser mais nous avions convenu que…

- L’argent est ici, messieurs.

Le géant blond ouvrit la mallette. En un éclair il en sorti un pistolet muni d’un silencieux. Il y eut deux coups sourds, à peine audibles. Les deux portoricains s’écroulèrent, portant chacun un trou au milieu du front. L’homme ramassa les douilles de son pistolet, Il copia le contenu de l’ordinateur sur un disque externe puis effaça le disque dur et récupéra le téléphone portable posé sur la chaise, éteignit la lumière et sortit. Quelques minutes plus tard, une voiture se glissa sans bruit dans le parking souterrain de l’ambassade de Russie. L’homme au regard d’acier en descendit…

Une pluie fine et grasse tombait depuis le début de la nuit. Watson gara sa voiture tout près de l’entrepôt entouré de bandes jaunes et de flics en uniforme. Il s’approcha de l’officier de service et lui tendit sa carte.

- Le FBI. On m’a prévenu de votre arrivée.

- Je ne vois pas trop pourquoi.

- Un des types avait un plan du Waldorf Astoria dans la poche de son blouson et aussi ceci…

Il lui tendit une petite ampoule de verre contenant un liquide légèrement ambré.

- Merci. Je vais faire analyser ça dans notre labo, si vous le permettez. Vous savez qui sont ces types ?

- Non, pas encore. Prenez l’ampoule. De toute façon, j’ai ordre de coopérer avec vous. Ah, il y avait aussi un ordinateur. Demandez-le à mes collègues.

- Je ne sais pas si je pourrais beaucoup vous aider. En tout cas, tenez-moi au courant de votre enquête. Voilà ma carte. Mon portable est dessus.

- Ok.

Watson remonta en voiture. La pluie n’arrangeait rien et il resta coincé un long moment dans les embouteillages. Il arriva au labo du FBI au moment où le légiste en sortait

- Ah Jimmy ! Vous tombez bien. J’ai les résultats des analyses.

- Et…

- C’est du L.S.D. qui a tué cette pauvre fille. Mais le plus étrange, c’est son origine. D’après mes collègues, il aurait été élaboré en Russie.

- En Russie ? Vous êtes sûr ?

- Oui. Ils sont formels.

- Merci Docteur.

Watson se précipita dans le laboratoire et tendit l’ampoule au responsable.

- Analysez le contenu de cette ampoule et comparez les résultats avec ceux des échantillons prélevés sur la chanteuse russe. Je veux vos conclusions pour disons…. Hier soir !

Le détective rejoignit son bureau et réunit ses collègues.

- Alors Tom ?

- Natalia Lubowski. Née à Moscou le 28 mai 1985. Elle est entrée au conservatoire national en 2001. Premier prix de chant, de théâtre. Elle est devenue directement soliste de l’opéra moscovite et a entamé une brillante carrière qui l’a amenée jusqu’au Waldorf Astoria. Elle a été fiancée avec un certain Youri Smetkine, physicien et spécialiste du nucléaire, mais, apparemment, ils ont rompu depuis deux ans.

- Bien. Creuse un peu du côté de ce Smetkine, on ne sait jamais. A nous Will.

- J’ai vérifié les connexions internet depuis la suite du Waldorf. Il y a eu des connexions depuis un P.C. mais aussi depuis un téléphone. J’ai lancé une analyse des flux pour essayer de retrouver les fichiers échangés à ces moments- là mais le tri est long et complexe.

- Bien. Je vais te faire envoyer un ordinateur qu’on a trouvé sur une scène de crime. Continuez les mecs.

Watson se rendit au bureau de son chef de groupe.

- Alors Jimmy ? Ca avance cette enquête ?

- On progresse. Je sais que Natalia Lubowski a reçu un shoot mortel au L.S.D. Et c’est la provenance de cette drogue qui me gêne. J’ai besoin de ton aide, Bill. Tu as toujours ton pote à Langley ?

- Tu veux brancher la CIA là-dessus ? Je te rappelle qu’on doit être discrets. On n’a pas besoin des barbouzes…

- Je veux juste quelques renseignements, Bill.

- De quel genre ?

- Savoir si un de nos « amis » du FSB serait arrivé en même temps que la chanteuse, par exemple. Maintenant, si la CIA veut, pour une fois, bosser avec nous, je suis pas contre.

- Tu crois que c’est à ce point- là ?

- J’en suis certain ! Tu me connais. Tu sais que je sens énormément de choses. Et ce que je sens en ce moment pue comme c’est pas permis. On nous a refilé un bâton sacrément merdeux.

- Je vais appeler mon ami et voir ce que je peux faire, Jimmy. Je te tiens au courant dès que j’ai du nouveau.

- Tu te souviens que le directeur nous a dit de faire vite ?

- J’appelle Langley tout de suite.

- Je serai dans mon bureau.

Watson sortit. Il savait qu’Huxley ferait tout son possible pour l’aider. Les deux hommes s’étaient rencontrés alors que Watson était étudiant en criminologie. A la fin d’une conférence d’Huxley, ils avaient longuement discuté et sympathisé. Le vieux flic avait rapidement décelé d’immenses qualités chez le jeune homme, l’avait fait entrer au FBI et propulsé enquêteur principal en quelques mois. Watson se servit un café et retourna à son bureau. Assis dans son confortable fauteuil, il se plongea dans une âpre réflexion. Il était désormais persuadé que les russes avaient fait éliminer Natalia par les deux portoricains. L’analyse de l’ampoule le confirmerait sûrement. Restait à comprendre pourquoi. La guerre froide était finie depuis longtemps et les affaires d’espionnage étaient anecdotiques désormais. Même la cellule de la CIA à Moscou était plus ou moins en veille… Le téléphone sonna.

- Oui Bill. Tu as fait vite…

- Disons que c’était un échange de bons et loyaux services entre mon ami et moi. J’ai la réponse à ta question. Tu avais raison. Un certain colonel Dobrovni, membre du bureau des actions spéciales du FSB est arrivé dans les valises de la chanteuse. Je t’envoie son pedigree par mail. Tu devrais l’avoir dans ta boite dans deux minutes.

- Ok ! Merci.

Watson ouvrit sa boite mail et consulta le dossier qu’il venait de recevoir. Il regarda longuement les photos de l’homme blond, fasciné par la froideur de son regard puis transféra le dossier à ses adjoints en leur demandant de le compléter au maximum. Will et Tom étaient des spécialistes de ce genre d’exercices.

Au même instant, à des milliers de kilomètres de là, le vol de l’Aéroflot en provenance de New York se posait à Moscou…

MOSCOU

Le géant blond marchait, voûté, dans les couloirs souterrains qui menaient à la salle de commandement des opérations spéciales. Même si le rideau de fer n’était plus qu’un souvenir, le FSB cultivait encore l’art du secret et certaines de ses activités étaient gérées depuis des bunkers savamment dissimulés, souvenirs de feu le KGB. Le regard gris du colosse était encore plus froid que d’habitude et sa mâchoire crispée le rendait encore plus terrifiant. Les hommes se mirent au garde-à-vous lorsqu’il entra dans la salle. Il ne répondit même pas au salut.

- Alors ?

- Il a disparu mon colonel. Aucune trace de lui depuis trois jours…

- Vous êtes tous des incapables ! Personne ne devait sortir de ce centre sans autorisation et surtout pas lui. Alors expliquez-moi comment il a pu et comment il a fait.

- Il avait un complice, colonel. Il y a eu une courte coupure dans l’alimentation de la clôture électrique.

- Trouvez-moi ce complice !

- C’est fait colonel. Il est dans le bureau 36.

Le géant blond eut un sourire carnassier.

- Continuez à le chercher. Activez tous nos contacts aux Etats-Unis. Il a dû aller là-bas. Prévenez-moi dès que vous avez quelque chose.

L’homme attendait dans le bureau 36. Il savait très bien que sa journée n’allait pas être une partie de plaisir. Quand le géant blond entra dans la pièce, il eut un mouvement de recul. Le colonel Dobrovni ! On lui avait collé le pire de tous les officiers du FSB pour l’interroger.

- Alors ? Où est-il ?

- Qui ça ?

- Ne faites pas le malin. Vous savez très bien que je parle de votre ami Youri Smetkine. Où est-il ?

- Je ne sais pas.

- Vous mentez !

De ses grands doigts, Dobrovni s’appliquait à déplier un trombone.

- Il est aux Etats- Unis, n’est-ce pas ?

- C’est possible.

Le colosse saisit l’homme à la gorge et enfonça le trombone dans son oreille droite, l’appuyant juste contre le tympan.

- Vous feriez mieux de me dire la vérité. Une fois le tympan percé, ce petit bout de métal va faire beaucoup de dégâts dans votre oreille et c’est, parait-il, très douloureux

L’homme plongea son regard dans les yeux gris acier. Ce qu’il y vit lui fit comprendre que son adversaire irait jusqu’au bout. Il parla.

- Youri voulait rejoindre sa fiancée, Natalia. Comme j’avais accès au poste de commande du centre, j’ai coupé l’électricité pendant quelques secondes pour qu’il puisse sortir. Il doit être à San Francisco à l’heure qu’il est. Lui et Natalia doivent partir pour Hawaï et demander la nationalité américaine. Je n’en sais pas plus.

- Ca me suffit pour le moment.

Le géant blond s’écarta et gifla violemment l’homme qui s’écroula sur le sol. Dobrovni sortit de la pièce. Il donna quelques consignes.

Le sort même, il prenait l’avion pour San Francisco.

SAN FRANCISCO

Youri raccrocha son téléphone. Cela faisait deux jours qu’il était arrivé. Deux jours qu’il essayait de contacter Natalia et qu’elle ne répondait pas. Elle devait être très occupée entre les répétitions, les interviews et les concerts, c’était sûr. Mais, il commençait à être sérieusement inquiet. Contrairement à ce qu’avait espéré ce foutu colonel, les deux amoureux n’avaient jamais perdu le contact et avaient continué à communiquer par mail ou par téléphone, déjouant toutes les surveillances par des ruses dignes des plus grands espions. Youri logeait un petit hôtel que son contact lui avait indiqué, pas très loin de l’aéroport, juste en face de l’ile d’Alcatraz. L’ancienne prison lui faisait penser au centre de recherches d’Iamsk et lui donnait le cafard. Il décida d’aller faire un tour. Après tout, Natalia serait là dans trois jours. Après son concert, ils s’en iraient tous les deux vers Hawaï où ils deviendraient américains. Son contact lui avait assuré que les démarches étaient en cours et même quasiment abouties. Et la petite sacoche noire qui ne quittait pas Youri allait largement payer le prix de leur liberté. Le jeune homme marcha longuement le long de la baie, jusqu’au pied du Golden Gate Bridge. Le pont de la porte d’or. Youri eut un sourire, pour lui et pour Natalia, ce serait bientôt Liberty Bridge. Il composa une nouvelle fois le numéro de sa fiancée. Il y eut plusieurs sonneries puis la communication bascula sur la messagerie.

- Natalia, ma chérie. C’est Youri. Je suis à San Francisco. Rappelles-moi, vite. Je t’aime.

Youri coupa la communication puis pris le téléphone qu’il avait acheté en arrivant à l’aéroport. Il composa rapidement un numéro.

- Capitaine Mark Stret, j’écoute

- Bonjour capitaine. Youri Smetkine. Je suis arrivé.

- Bonjour Youri. Tout va bien ? Vous pouvez parler, cette ligne est sécurisée.

Youri eut envie de parler de son inquiétude à propos de Natalia mais se ravisa.

- Oui, tout va bien. L’hôtel est parfait. J’ai quelque chose pour vous.

- Je sais Youri. Et vous allez bientôt pouvoir vous délester de ce fardeau. Vous avez de quoi noter ?

- Oui, attendez.

Le jeune homme sorti un petit carnet et un stylo de sa poche. Il nota scrupuleusement ce que lui disait son interlocuteur. Quelques mètres derrière lui, un géant blond ne le quittait pas des yeux… Youri rentra à son hôtel. Quelques heures plus tard, il descendit chercher une boisson au distributeur. Dobrovni en profita pour se glisser dans sa chambre. Il trouva le carnet et photographia rapidement les deux dernières pages.

NEW YORK

Le téléphone de Watson émit un bip

- je t’écoute Will !

- Vaudrait mieux que tu viennes, Jimmy.

Watson se rendit dans le bureau de son collègue. Will était un petit génie de l’informatique et son bureau était encombré d’ordinateurs et de machines toutes plus bizarres les unes que les autres.

-Qu’est -ce qu’il y a ?

- Plusieurs choses, chef. Assieds-toi et sers-toi un café.

Watson pris un siège et s’installa devant l’écran.

- Bien. Commençons par l’ordinateur trouvé dans l’entrepôt. C’était bien celui de ta jolie chanteuse. Un ordinateur japonais mais dans une version réservée au marché russe. Quelqu’un a effacé le disque mais avant, il l’a copié et ce qu’il ignorait sûrement c’est que lorsque l’on fait une copie d’un fichier, il se crée une sorte d’image, un fichier caché qui reste dans la mémoire de la machine.

- Et je suppose que tu as réussi à débusquer ce fichier caché.

Un sourire illumina le visage adolescent de Will

- J’ai fait mieux que ça! J’ai reconstitué tout le disque dur de l’ordinateur de la demoiselle.

- Et ?

- Figures-toi qu’elle a reçu tout un tas de messages d’un certain…

- Youri Smetkine ! Je croyais qu’ils étaient séparés.

- C’était une séparation forcée, alors. Parce que ces deux- là s’envoyaient des messages plus que doux. Je peux même te dire que ta jolie chanteuse était une sacrée coquine. Y’en a qui ont vraiment tout pour eux.

- Ouais, on se calme Will. Et à part leurs conversations amoureuses ?

- Apparemment, ils projetaient de devenir américains. Youri évoque une mystérieuse transaction et un dossier qui allait les rendre libres.

- Il travaillait dans quoi déjà ?

- Le nucléaire…

Will n’eut pas le temps de finir sa phrase. Sur un de ces écrans, une ligne venait de passer au rouge clignotant. Le jeune informaticien pianota fébrilement

- Qu’est-ce qui se passe Will ?

- C’est le téléphone de Natalia. J’ai réussi à avoir le code SIM et je le surveille en permanence. Il était resté muet jusqu’à maintenant mais là, la messagerie vient de se déclencher.

- Où est-il ? D’où vient l’appel ?

- Attends, laisse la triangulation se faire ! Voilà. Le portable de notre chanteuse est ici, à New York à…. L’ambassade de Russie ! Et l’appel provient de San Francisco. Tu es content Jimmy ? Jimmy ?

Mais Watson n’était déjà plus là. Quelques minutes plus tard, il ouvrait sans frapper la porte du bureau de son supérieur.

- Bill ! Appelle ton contact à la CIA ! Tout de suite. Je veux lui parler.

- Oh la ! Doucement Jimmy. Tu crois qu’on peut déranger un chef de division de l’agence comme ça ?

- En cas d’urgence, oui ! Et c’est une urgence.

- Bon, bon, Ok. Je l’appelle. Assieds-toi, tu me donne le tournis.

Bill Huxley prit son téléphone et composa un numéro. Il mit le haut-parleur. Il y eut plusieurs sonneries puis on décrocha.

- Encore toi, Bill. Décidément, tu ne peux plus te passer de moi.

- Ce n’est pas moi qui vais te parler mais Jeremy Watson, un de mes meilleurs enquêteurs. C’est lui qui est chargé de l’ »affaire ».

- Hmmm ! Bonjour Watson. Que puis-je pour vous ?

- Me dire ce que vous savez au sujet de Natalia Lubowski et de Youri Smetkine

- Je ne peux rien vous dire Monsieur Watson.

- Ecoutez. Le cadavre de Natalia attend à la morgue son rapatriement vers la mère Russie. Alors si vous ne voulez pas avoir à faire un double envoi, vous feriez bien de m’aider.

- Que voulez-vous dire ?

- Le colonel Dobrovni, vous connaissez ?

- C’est un des meilleurs éléments du FSB, spécialiste des opérations spéciales. Pourquoi ?

- Parce qu’à l’heure qu’il est, ce cher colonel doit être parti à la chasse à l’homme et sa proie n’est autre que votre petit protégé, spécialiste en physique nucléaire.

- Comment savez-vous cela ?

- Nous avons-nous aussi des moyens informatiques et des enquêteurs, cher Monsieur. Je sais que Smetkine est sur notre territoire, à San Francisco ou dans ses environs. Et que Dobrovni était à New York au moment de la mort de la chanteuse. Je sais aussi que les deux amoureux projetaient de ne plus rentrer en Russie. A vous de me dire la suite.

- Vous savez déjà presque tout Monsieur Watson. Je vais vous mettre en rapport avec le capitaine Stret, c’est lui qui traite l’affaire à San Francisco. Notez le numéro que je vais vous donner, je le préviens de mon côté.

Watson nota le numéro. Son correspondant raccrocha sans plus de formalités.

- Il me faut un avion Bill. Le plus vite possible.

- Tu es sûr de ce que tu fais Jimmy ? Parce que si tu te gourres, je pourrais pas te couvrir.

- Je suis sûr ! L’avion, Bill…

Watson redescendit en trombe dans son bureau. Il avait toujours quelques affaires dans son armoire, au cas où.

- Tom, Will ! Prenez vos affaires. Direction San Francisco ! Will, tu suis à la trace le portable de Smetkine. Surtout tu ne le perds pas !

Deux heures plus tard, un Gulfstream 550 décolla de l’aéroport de la Guardia et prit la direction de l’ouest. A bord, Watson consultait le dossier que Tom lui avait préparé sur le colonel Dobrovni. L’enquêteur du FBI comprit vite à qui il avait affaire. Dobrovni était un homme redoutable, rompu à toutes les techniques de combat, un tireur d’élite émérite et avait la réputation d’être encore plus froid qu’un serpent. Watson prit son téléphone et composa le numéro qu’on lui avait donné.

- Capitaine Stret. Bonjour Monsieur Watson.

- Bonjour capitaine. Je vois qu’on nous a déjà présentés.

- L’agence sait être efficace, quand il le faut. Venons-en à ce qui nous préoccupe.

- Quand devez-vous rencontrer Smetkine ?

- Demain, en fin de matinée. Dans la Sierra Nevada.

- l’endroit est sûr ?

- A priori oui. Vous avez l’air inquiet.

- je le suis. Ce Dobrovni est un sacré morceau. Il fera tout pour empêcher Smetkine de vous rencontrer.

- Que préconisez-vous ?

- C’est vous le militaire. Mais je crois que quelques tireurs d’élite autour du point de rendez-vous ne seront pas du luxe.

- Je suis d’accord avec vous. Je vais faire le nécessaire. Quand pensez-vous arriver ?

- D’ici trois à quatre heures.

- Bien, je vous attendrez à Stockton, comme prévu.

SIERRA NEVADA

Dobrovni posa son sac sur le sable et scruta avec attention les alentours. L’endroit lui sembla désert. Il trouva le coin idéal, entre deux rochers et s’allongea sur le sable déjà chaud. De là où il était, il surplombait tout le carrefour. Il monta calmement son fusil. Le rendez-vous n’était prévu qu’en fin de matinée, il avait tout son temps. Il régla sa hausse et sa lunette de visée puis il s’enfouit aussi bien qu’il le put dans le sable. Il ne restait plus qu’à attendre l’arrivée de cet idiot de Smetkine. Il allait rejoindre sa Natalia. En enfer! Le géant blond aspira une gorgée d’eau dans son camel- back et reprit son attente.

Youri Smetkine était parti très tôt de San Francisco. La veille, il avait récupéré une voiture de location. La CIA avait bien fait les choses et lui avait réservé un petit 4X4 japonais, équipé haut de gamme et climatisé. Il avait d’abord emprunté la route 39, une large quatre voies jusqu’à Stockton. Puis il avait suivi la route 120, en direction de la Sierra Nevada. Le désert s’étirait le long de la faille de San Andreas. Un jour, peut- être, tout cela s’écroulerait dans un gigantesque cataclysme. Peut- être. Mais aujourd’hui, le cataclysme serait pour les russes, pour ce pays qui ne lui avait rien donné d’autre qu’une prison dorée au fond de la Sibérie et lui avait volé son amour. Il palpa la petite sacoche noire posée sur le siège passager puis jeta un œil à l’itinéraire que Stret lui avait donné la veille. Il lui restait une trentaine de miles à parcourir.

Mark Stret arrêta le gros 4X4 noir sur la piste, à quelques mètres du carrefour et laissa tourner le moteur pour profiter de la climatisation. Les deux routes se croisaient au centre d’une sorte d’arène cernée de dunes et de rochers.

- Nous voilà sur place Watson.

Assis à l’arrière du véhicule, dissimulé par les vitres teintées, le jeune enquêteur du FBI jeta un coup d’œil circulaire.

- Vos hommes sont en place Stret ?

- Oui. Mais vous ne les verrez pas. Ce sont des commandos de la marine, des spécialistes de ce genre d’action. Je vous mets au défi d’en repérer un.

- Je vous crois. Vous croyez que Dobrovni est déjà là ?

- Si je me fie à son pedigree, sûrement mais nous allons très vite le savoir.

Stret activa un émetteur radio. Six diodes rouges s’allumèrent.

- Waramers au rapport.

Un à un, les six tireurs s’identifièrent. Le troisième signala un mouvement

- Waramer trois. La cible est arrivée, il y a deux heures. Il est entre les rochers sur votre gauche, à deux cent pieds. Je l’ai dans ma ligne de mire.

Watson observa à la jumelle l’endroit indiqué.

- Ok Waramer trois, je le vois. Ne tirez que sur mon ordre et je le veux vivant.

L’enquêteur du FBI activa sa liaison bluetooh

- Will, tu m’entends ?

- Oui. Ton oiseau est en route. Il devrait être là dans vingt minutes.

- Ok. Ne le perd surtout pas.

Watson coupa son micro.

- Dites-moi, Stret, c’est quoi le deal avec Smetkine ?

- Quelques renseignements sur les dernières trouvailles des russes en matière de nucléaire. En échange, une procédure accélérée pour lui et Natalia Lubowski pour obtenir la nationalité américaine.

- Vous connaissez les raisons exactes de cette trahison ?

- Non. Nous le saurons peut-être dans un moment…

- Il est au courant pour la chanteuse ?

- Non. Je ne lui ai rien dit. D’ailleurs, je l’ignorais jusqu’à hier.

Quelques minutes plus tard, le petit tout terrain s’arrêta à quelques mètres de la voiture noire. Stret descendit et s’avança dans le carrefour. Youri sortit de son véhicule et s’approcha. Il portait une petite sacoche noire. Les deux hommes se serrèrent la main. Watson n’avait pas lâché ses jumelles et il lui sembla déceler un mouvement entre les rochers.

- Maintenant, Waramer trois.

Le géant blond allait poser son doigt sur la détente de son fusil lorsque la détonation déchira le ciel. La balle frappa la culasse de son arme et la fit exploser. Quelques éclats de métal vinrent se planter dans son visage. Stret plaqua Youri Smetkine au sol et Watson jaillit de la voiture, révolver au poing. Il s’avança vers les rochers.

- Dobrovni ! Je sais que vous êtes là ! Inutile de tenter quoi que ce soit, vous ne vous en sortirez pas. Mettez les mains sur la tête et marchez vers moi.

Le géant blond se redressa et descendit de la dune. Watson était grand et costaud mais il fut impressionné par la taille du colosse auquel il passa les menottes.

- Ravi de faire votre connaissance, colonel. Avancez !

Tout en poussant le géant blond devant lui, le jeune enquêteur activa son téléphone.

- Will ? Dis à Tom que j’ai un paquet pour lui et envoies-nous l’hélico.

Les deux hommes arrivèrent près des deux autres. Smetkine, que Stret venait d’informer de la mort de sa fiancée était en larmes. Mais, en le voyant, il se précipita sur le colosse en l’insultant en russe. Watson eut toutes les peines du monde à le calmer. Un hélicoptère arriva bientôt et se posa dans un nuage de poussière. Watson fit monter le géant blond et grimpa à son tour. L’appareil redécolla vers San Francisco…

EPILOGUE

Jeremy Watson sortit de la salle d’interrogatoire. Avec froideur, Dobrovni venait de lui expliquer comment il en était arrivé à commanditer le meurtre de la jeune chanteuse. Le géant russe n’avait exprimé aucun remords. Watson rejoignit son chef de groupe.

- Tu te rends compte Bill ? Tout ça pour un amour déçu. Quel gâchis.

- Tu oublies mes leçons, Jimmy. Il me semble t’avoir enseigné de toujours te mettre dans la peau du criminel. Qu’aurais-tu fait à sa place ?

- Peut-être la même chose, tu as raison. En attendant, avec deux meurtres prémédités ce type est bon pour le couloir de la mort.

- J’ai bien peur que non, Jimmy.

- Comment ça ? Qu’est-ce que t’es en train de me dire Bill ?

- Dobrovni a le statut de diplomate. Nous n’avons pas le choix et devons le remettre à son ambassade. Les russes nous ont promis une punition exemplaire.

- Tu parles ! Dans trois mois, il sera de nouveau en service !

Les deux hommes de l’ambassade russe vinrent chercher Dobrovni quelques heures plus tard et le conduisirent directement à l’aéroport. Dans le Tupoleev de l’Aeroflot, un des hommes enleva ses menottes au géant blond. Il le piqua légèrement avec la clé.

Quand l’avion se posa à Moscou, une fois tous les passagers débarqués, deux agents du FSB montèrent à bord de l’appareil. Semblant assoupi sur son siège, le colonel Dobrovni était mort…

Rédigé par LIOGIER François

Publié dans #NOUVELLES

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